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Énoncé des motifs — Décision rendue dans un réexamen relatif à l’expiration : Conteneurs thermoélectriques (TC 2024 ER)

D’une décision rendue dans un réexamen relatif à l’expiration en vertu de l’alinéa 76.03(7)a) de la Loi sur les mesures spéciales d’importation concernant les conteneurs thermoélectriques originaires ou exportés de la Chine.

Décision

Ottawa, le 

Le 24 décembre 2024, conformément à l’alinéa 76.03(7)a) de la Loi sur les mesures spéciales d’importation, l’Agence des services frontaliers du Canada a décidé que l’expiration de l’ordonnance rendue par le Tribunal canadien du commerce extérieur le 5 septembre 2019 dans le réexamen relatif à l’expiration RR-2018-004 causerait vraisemblablement :

  • la poursuite ou la reprise du dumping de telles marchandises originaires ou exportées de la Chine;
  • et la poursuite ou la reprise du subventionnement de telles marchandises originaires ou exportées de la Chine.

Sur cette page

Résumé

[1] Le 29 juillet 2024, le Tribunal canadien du commerce extérieur (TCCE), conformément au paragraphe 76.03(1) de la Loi sur les mesures spéciales d’importation (LMSI), a ouvert un réexamen relatif à l’expiration de son ordonnance rendue le 5 septembre 2019 à l’issue du réexamen relatif à l’expiration RR-2018-004 concernant le dumping et le subventionnement des conteneurs thermoélectriques qui permettent le refroidissement et/ou le réchauffement au moyen d’un dissipateur thermique statique et d’un module thermoélectrique, à l’exception de distributeurs de liquides (« certains conteneurs thermoélectriques »), originaires ou exportés de la Chine.

[2] En réponse à l’avis du TCCE concernant le réexamen relatif à l’expiration, le 30 juillet 2024, l’Agence des services frontaliers du Canada (ASFC) a ouvert une enquête en vertu de l’alinéa 76.03(7)a) de la LMSI pour établir si l’expiration de l’ordonnance causerait vraisemblablement la poursuite ou la reprise du dumping et/ou du subventionnement des marchandises en cause.

[3] L’ASFC a reçu une réponse à son questionnaire de réexamen relatif à l’expiration (QRE) pour producteurs canadiens de Koolatron Corporation (« KoolatronNote de bas de page 1 »). Dans ses exposés, Koolatron a exprimé le point de vue que la poursuite ou la reprise du dumping et du subventionnement de certains conteneurs thermoélectriques de la Chine est vraisemblable si l’ordonnance du TCCE expire.

[4] L’ASFC a reçu une réponse à son QRE pour importateurs canadiens de Whaleco Canada Inc. (« Whaleco »), une entreprise de commerce électronique faisant affaire sous le nom de marque « TemuNote de bas de page 2 ». Whaleco n’a pas exprimé de point de vue quant à la vraisemblance de la poursuite ou de la reprise du dumping et/ou du subventionnement des marchandises en cause.

[5] L’ASFC n’a pas reçu de réponse à son QRE pour exportateurs ni à celui pour gouvernements étrangers.

[6] Koolatron a présenté un mémoire à l’ASFC à l’appui de son point de vue que la poursuite ou la reprise du dumping et du subventionnement de certains conteneurs thermoélectriques de la Chine est vraisemblable si l’ordonnance du TCCE expireNote de bas de page 3. Aucune autre partie ne lui a présenté de mémoire ou de contre-exposé en réponse au mémoire de Koolatron.

[7] L’analyse de l’information au dossier administratif indique que la poursuite ou la reprise du dumping au Canada de certains conteneurs thermoélectriques de la Chine est vraisemblable si l’ordonnance du TCCE expire. Cette analyse repose sur les facteurs suivants :

  • la poursuite du dumping des marchandises en cause de la Chine pendant que l’ordonnance était en vigueur;
  • les tendances relatives aux importations de marchandises en cause de la Chine;
  • les faibles barrières à l’entrée et la sensibilité au prix sur le marché canadien;
  • la faible demande des consommateurs chinois;
  • l’attrait du marché canadien;
  • le contexte concurrentiel du commerce de détail au Canada;
  • l’orientation vers l’exportation de la production de conteneurs thermoélectriques en Chine;
  • la possibilité pour un producteur chinois de fabriquer les marchandises dans une usine qui sert actuellement à en fabriquer d’autres;
  • et la capacité excédentaire de production de conteneurs thermoélectriques par rapport à la demande intérieure en Chine.

[8] L’analyse de l’information au dossier administratif indique que la poursuite ou la reprise du subventionnement de certains conteneurs thermoélectriques de la Chine est vraisemblable si l’ordonnance du TCCE expire. Cette analyse repose sur les facteurs suivants :

  • l’offre continue de programmes de subvention aux producteurs et exportateurs de conteneurs thermoélectriques en Chine;
  • et le volume de marchandises subventionnées importé au Canada dans la période visée par le réexamen (PVR).

[9] C’est pourquoi, après étude des renseignements pertinents au dossier, et conformément à l’alinéa 76.03(7)a) de la LMSI, l’ASFC a décidé le 24 décembre 2024 que l’expiration de l’ordonnance concernant certains conteneurs thermoélectriques causerait vraisemblablement la poursuite ou la reprise du dumping et du subventionnement des marchandises de la Chine.

Contexte

[10] Le 15 mai 2008, à la suite d’une plainte déposée par Koolatron Corporation, de Brantford (Ontario), l’ASFC a ouvert, conformément au paragraphe 31(1) de la LMSI, des enquêtes sur le dumping et le subventionnement de certains conteneurs thermoélectriques originaires ou exportés de la Chine.

[11] Le 10 novembre 2008, conformément à l’alinéa 41(1)a) de la LMSI, l’ASFC a rendu des décisions définitives de dumping et de subventionnement concernant certains conteneurs thermoélectriques de la Chine.

[12] Le 11 décembre 2008, conformément au paragraphe 43(1) de la LMSI, le TCCE a jugé que le dumping et le subventionnement de certains conteneurs thermoélectriques de la Chine avaient causé un dommage à la branche de production nationale (canadienne).

[13] Le 25 novembre 2010, l’ASFC a conclu un réexamen de l’enquête pour mettre à jour les valeurs normales, les prix à l’exportation et les montants de subvention à l’égard de certains conteneurs thermoélectriques de la Chine.

[14] Le 1er mars 2012, l’ASFC a conclu un réexamen de l’enquête pour mettre à jour les valeurs normales, les prix à l’exportation et les montants de subvention à l’égard de certains conteneurs thermoélectriques de la Chine.

[15] Le 9 décembre 2013, le TCCE a jugé que l’expiration de ses conclusions causerait un dommage sensible à la branche de production nationale. Il a donc prorogé ses conclusions rendues dans l’enquête NQ-2008-002.

[16] Le 30 juillet 2014, l’ASFC a conclu un réexamen de l’enquête pour mettre à jour les valeurs normales, les prix à l’exportation et les montants de subvention à l’égard de certains conteneurs thermoélectriques de la Chine.

[17] Le 5 septembre 2019, le TCCE a jugé que l’expiration de son ordonnance causerait un dommage sensible à la branche de production nationale. Il a donc prorogé son ordonnance rendue dans le réexamen relatif à l’expiration RR-2012-004.

[18] Le 29 juillet 2024, conformément au paragraphe 76.03(1) de la LMSI, le TCCE a ouvert un réexamen relatif à l’expiration de son ordonnance rendue dans le réexamen relatif à l’expiration RR-2018-004.

[19] Le jour suivant, l’ASFC a ouvert sa propre enquête pour établir si l’expiration de l’ordonnance causerait vraisemblablement la poursuite ou la reprise du dumping et/ou du subventionnement des marchandises en cause.

Les produits

[20] Les marchandises en cause, appelées « certains conteneurs thermoélectriques », se définissent comme suit :

Des conteneurs thermoélectriques qui permettent le refroidissement et/ou le réchauffement au moyen d’un dissipateur thermique statique et d’un module thermoélectrique, à l’exception de distributeurs de liquides, originaires ou exportés de la République populaire de Chine.

[21] Aux fins de la présente enquête de réexamen relatif à l’expiration, les « conteneurs thermoélectriques » désignent les marchandises qui correspondent à la définition des produits ci-dessus, quel que soit le pays d’origine ou d’exportation. Par exemple, les « conteneurs thermoélectriques » désignent également les marchandises nationales produites au Canada qui correspondent à la définition des produits ci-dessus.

Exclusion

[22] L’exclusion des distributeurs de liquides de la définition est destinée à exclure des produits comme les refroidisseurs d’eau, les distributrices de crème et les distributrices de lait.

Précisions

[23] Les conteneurs thermoélectriques, aussi communément appelés « glacières thermoélectriques » et/ou « réchauffeurs thermoélectriques », font appel à un principe dénommé « effet Peltier » pour le pompage électronique de chaleur, sans avoir recours à des compresseurs, à des bobines ou à des gaz. L’effet Peltier sous-tend que, si un courant continu (c.c.) traverse une jonction électrique formée de deux métaux différents, la chaleur est absorbée par cette jonction ou en est dégagée, selon la direction du c.c. dans la jonction. Pour obtenir une capacité pratique de pompage thermique, on relie plusieurs jonctions entre elles pour former des modules thermoélectriques.

[24] Les conteneurs thermoélectriques peuvent donc servir à refroidir ou à réchauffer un volume d’air intérieur, par rapport au gradient de température avec l’air ambiant.

[25] Les conteneurs thermoélectriques sont alimentés par un cordon d’alimentation c.c., par une batterie ou par un adaptateur de courant alternatif (c.a.) de 120 volts. Ils ne renferment pas de gaz, de tuyaux, de bobines ou de compresseurs. La seule pièce mobile est un ventilateur de 12 volts.

[26] Bien que l’intérieur de ces appareils soit généralement fabriqué en plastique, l’extérieur peut être de plastique, de métal, d’une combinaison de plastique et de métal ou d’une coquille souple qui recouvre l’intérieur de plastique. Les conteneurs thermoélectriques comportent un couvercle ou une porte qui sont fabriqués en plastique, en métal, en verre ou en une combinaison de ces matériaux.

[27] Les conteneurs thermoélectriques sont généralement classés en fonction de leur utilisation prévue sur le marché, par exemple :

  1. refroidisseurs et réchauffeurs de voyage;
  2. refroidisseurs et réchauffeurs pour utilisation résidentielle;
  3. refroidisseurs de vin (ou refroidisseurs-présentoirs);
  4. et refroidisseurs et réchauffeurs commerciaux, pour le transport de repas, de médicaments et l’exposition de produits de détail.

[28] En raison des limites associées à la réfrigération thermoélectrique ayant recours à des modules reliés à des dissipateurs statiques, les dimensions des conteneurs sont généralement limitées à environ 100 litres par module thermoélectrique.

Fabrication

[29] Les conteneurs thermoélectriques ne sont pas fabriqués selon des spécifications industrielles quant à la qualité, au rendement ou à tout autre aspect.

[30] Les conteneurs thermoélectriques comportent un bâti isolé et une pompe thermique et des circuits électroniques. Le bâti comporte une enveloppe intérieure et une enveloppe extérieure, composées d’un isolant de mousse de polyuréthane en deux parties, injecté entre les parois intérieure et extérieure. Les enveloppes peuvent être en plastique, en métal, en carton ou en toile.

[31] Les enveloppes en plastique sont fabriquées au moyen de moulage par injection, du formage sous vide ou de pièces moulées par rotation. Les enveloppes en métal, en toile et en carton sont fabriquées sans moules.

[32] Les couvercles et les portes sont construits de façon similaire. Les couvercles en plastique ou métal plein comprennent des enveloppes intérieure et extérieure et de la mousse de polyuréthane injectée entre ces deux enveloppes. Dans le cas de refroidisseurs ayant un couvercle ou une porte en plastique transparent, les enveloppes intérieure et extérieure sont fabriquées en plastique transparent ou en plastique plein; dans le dernier cas, une partie du couvercle de plastique est découpée et remplacée par du plastique transparent ou du verre.

[33] La pompe thermique se compose d’un dissipateur thermique à l’extérieur et d’une plaque de réfrigération à l’intérieur de la glacière, qui sont reliés par un bloc de raccordement. Le module thermoélectrique est placé entre le dissipateur thermique et le bloc de raccordement. Un ou plusieurs motoventilateurs dirigent de l’air sur la plaque de réfrigération et le dissipateur thermique. Diverses commandes sont ajoutées selon l’utilisation prévue de l’appareil.

[34] En général, le processus de production débute par l’électrotraitement des enveloppes intérieure et extérieure, lesquelles sont ensuite assemblées et acheminées au moyen d’un tunnel de thermorétraction vers une station d’isolation par mousse de polyuréthane en deux parties. La mousse est injectée entre les enveloppes, qui sont ensuite placées entre des fixations. Les enveloppes intérieure et extérieure, qui contiennent la mousse, sont maintenues par ces fixations pendant six minutes, alors que le polyuréthane en deux parties prend de l’expansion par réaction chimique. Lorsque les enveloppes et les couvercles isolés à la mousse sont retirés des appareils de fixation, ils sont placés sur la ligne de production principale.

[35] L’ensemble de la pompe thermique se compose d’un dissipateur thermique, d’un module thermoélectrique et d’un bloc de raccordement. Pour réduire la réceptivité thermique, on applique une graisse à la silicone sur toutes les surfaces qui restent en contact les unes avec les autres. Le module thermoélectrique est généralement un dispositif de petite dimension (comparable à un carton d’allumettes) composé d’un nombre de paires de cristaux en tellurure de bismuth qui sont moisés entre des plaques de céramique. Pour obtenir des contacts appropriés sans briser la céramique, on moise soigneusement le module thermoélectrique entre le dissipateur thermique et la plaque de réfrigération. La pompe thermique est assemblée, puis placée sur le côté extérieur de l’enveloppe; à l’intérieur, une plaque de réfrigération est fixée au bloc de raccordement. À mesure que l’enveloppe progresse le long de la chaîne de montage, un motoventilateur est ajouté et câblé, les pales de ventilateur sont posées à l’intérieur comme à l’extérieur, une buse de plaque de réfrigération est posée et, enfin, les couvercles et les loquets sont posés.

[36] Les conteneurs thermoélectriques n’ont pas besoin d’emballage ni d’autorisation en particulier. Ils sont facilement distribués par les détaillants et les grossistes nationaux. Ils sont généralement tout assemblés et prêts à être utilisés, emballés dans des boîtes protectrices aux fins d’expédition et pour faciliter la mise en palettes.

Classement des importations

[37] Les marchandises en cause s’importent généralement au Canada sous les numéros de classement tarifaire suivants :

  1. 8418.61.00.00
  2. 8418.50.10.00
  3. 8418.50.29.00
  4. 8418.69.90.90
  5. 8418.99.90.90

[38] Les marchandises en cause peuvent aussi s’importer au Canada sous les numéros de classement tarifaire suivants :

  1. 8418.29.00.00
  2. 8418.69.90.80

[39] Les numéros de classement tarifaire ci-dessus sont fournis à titre indicatif seulement. Seule la définition des produits fait autorité au sujet des marchandises en cause.

Période visée par le réexamen

[40] La période visée par le réexamen (PVR) pour l’enquête de réexamen relatif à l’expiration de l’ASFC est du 1er janvier 2021 au 30 juin 2024.

Branche de production nationale

[41] Koolatron Corporation, de Brantford (Ontario), est le seul producteur connu de conteneurs thermoélectriques au Canada. MTL Technologies, Inc., de Chambly (Québec), en a aussi produit de petites quantités par le passé, mais n’en a pas produit dans la PVR.

Koolatron Corporation

[42] L’ASFC a reçu une réponse au QRE pour producteurs canadiens de Koolatron Corporation (« Koolatron ») dans l’enquête de réexamen relatif à l’expiration qui nous intéresse. Koolatron produit des conteneurs thermoélectriques dont la capacité de volume interne varie de 4 à 100 litres, et qui sont commercialisés en tant que produits de voyage, produits pour utilisation résidentielle, refroidisseurs de vin, présentoirs, produits commerciaux et à usage médical.

[43] Koolatron, une société privée, a commencé à fabriquer des refroidisseurs et des réchauffeurs thermoélectriques en 1976. Les installations de fabrication actuelles de Koolatron pour les conteneurs thermoélectriques se trouvent à Brantford (Ontario). Ses installations de Brantford emploient actuellement environ 60 travailleurs à temps plein. La production de conteneurs thermoélectriques représente environ 90 % de la production totale de l’usine de Brantford de Koolatron.

[44] En plus de produire et de vendre des conteneurs thermoélectriques, Koolatron fabrique divers autres produits et importe et revend des produits de consommation pour lesquels elle a obtenu des licences de distributionNote de bas de page 4.

[45] Koolatron est à l’origine de la totalité de la production nationale connue de conteneurs thermoélectriques au Canada et est donc considérée comme représentative de l’ensemble de la branche de production nationale.

MTL Technologies, Inc.

[46] Le seul autre producteur canadien connu était MTL Technologies, Inc., de Chambly (Québec). MTL Technologies, Inc. était un producteur de produits de niche, spécialisé dans la fabrication de petits volumes de refroidisseurs construits sur mesure, servant de présentoirs pour la vente au détailNote de bas de page 5.

Marché canadien

[47] L’ASFC ne peut pas publier de chiffres quantitatifs précis sur la valeur et le volume de la production canadienne de conteneurs thermoélectriques qui sont vendus pour la consommation intérieure puisque cela reviendrait à divulguer des renseignements confidentiels de Koolatron, l’unique producteur canadien. Par conséquent, seules les importations de conteneurs thermoélectriques dans la PVR sont présentées.

[48] Les importations de conteneurs thermoélectriques au Canada dans la PVR sont présentées en fonction du volume et de la valeur dans le tableau 1 et du pourcentage dans le tableau 2 ci-dessous.

Tableau 1 : Importations de conteneurs thermoélectriques au Canada dans la PVRNote de bas de page 6
(Volume en unités et valeur en dollars canadiens)
2021 2022 2023 2024
(1er janvier au 30 juin)
Volume Valeur Volume Valeur Volume Valeur Volume Valeur
Chine 51 570 5 200 507 87 322 7 792 896 40 682 3 588 631 29 365 2 997 970
Autres pays 46 560 5 102 847 32 184 3 775 788 23 266 2 410 875 8 769 2 148 987
Importations totales 98 130 10 303 354 119 506 11 568 684 63 948 5 999 506 38 134 5 146 957
Tableau 2 : Importations de conteneurs thermoélectriques au Canada dans la PVR
(Pourcentage)
2021 2022 2023 2024
(1er janvier au 30 juin)
Volume Valeur Volume Valeur Volume Valeur Volume Valeur
Chine 52,6 % 50,5 % 73,1 % 67,4 % 63,6 % 59,8 % 77,0 % 58,2 %
Autres pays 47,4 % 49,5 % 26,9 % 32,6 % 36,4 % 40,2 % 23,0 % 41,8 %
Importations totales 100,0 % 100,0 % 100,0 % 100,0 % 100,0 % 100,0 % 100,0 % 100,0 %

[49] D’après l’information confidentielle au dossier administratif, dans la PVR, la part du marché du producteur canadien a fluctué et, finalement, a très peu changé en termes de valeur et de volumeNote de bas de page 7.

[50] D’après l’information confidentielle au dossier administratif, dans la PVR, la part du marché canadien apparent détenue par les marchandises en cause de la Chine a augmenté en termes de valeur et de volumeNote de bas de page 8.

[51] D’après l’information confidentielle au dossier administratif, dans la PVR, la part du marché canadien apparent détenue par les importations d’autres pays a diminué en termes de valeur et de volumeNote de bas de page 9.

Perception des droits

[52] Comme il est détaillé dans le tableau 3 ci-dessous, aux fins d’exécution de l’ordonnance du TCCE dans la PVR, l’ASFC a perçu au total 3 923 168 $ de droits antidumping et compensateurs sur les marchandises en cause importées de la Chine. La valeur en douane totale de ces importations dans la PVR était d’environ 19 580 004 $. En pourcentage de la valeur en douane totale, les droits antidumping et compensateurs combinés perçus dans la PVR sont égaux à 20,0 %. La quantité totale de marchandises en cause sur lesquelles des droits antidumping et compensateurs ont été perçus était d’environ 208 939 unités.

Tableau 3 : Perception des droits – droits LMSI perçus dans la PVRNote de bas de page 10
(Valeur en dollars canadiens)
Country 2021 2022 2023 2024 (1er janvier au 30 juin)
Chine 851 119 2 093 540 741 050 237 459

Parties à la procédure

[53] Le 30 juillet 2024, l’ASFC a envoyé un avis d’ouverture de l’enquête de réexamen relatif à l’expiration et un QRE aux producteurs canadiens, importateurs et exportateurs connus. Elle a aussi envoyé au gouvernement de la Chine un QRE concernant le subventionnement.

[54] Le QRE demandait des renseignements nécessaires à la prise en compte des facteurs de réexamen relatif à l’expiration qui figurent au paragraphe 37.2(1) du Règlement sur les mesures spéciales d’importation (RMSI).

[55] L’ASFC a reçu une réponse à son QRE pour producteurs canadiens de Koolatron Corporation (« KoolatronNote de bas de page 11 »). Dans ses exposés, Koolatron a exprimé le point de vue que la poursuite ou la reprise du dumping et du subventionnement de certains conteneurs thermoélectriques de la Chine est vraisemblable si l’ordonnance du TCCE expire.

[56] L’ASFC a reçu une réponse à son QRE pour importateurs de Whaleco Canada Inc.Note de bas de page 12. Whaleco Canada Inc. n’a pas exprimé de point de vue quant à la vraisemblance de la poursuite ou de la reprise du dumping et/ou du subventionnement des marchandises en cause.

[57] L’ASFC n’a pas reçu de réponses d’exportateurs ou du gouvernement de la Chine.

[58] Koolatron a présenté à l’ASFC un mémoire à l’appui de son point de vue que la poursuite ou la reprise du dumping et du subventionnement des conteneurs thermoélectriques de la Chine est vraisemblable si l’ordonnance du TCCE expireNote de bas de page 13.

[59] Aucune autre partie n’a présenté de mémoire ou de contre-exposé.

Renseignements pris en compte par l'ASFC

[60] Les renseignements que l’ASFC a pris en compte aux fins de l’enquête de réexamen relatif à l’expiration qui nous intéresse figurent au dossier administratif. Ce dossier contient les renseignements énumérés dans la liste des pièces justificatives de l’ASFC, laquelle comprend les pièces justificatives de l’ASFC et les renseignements présentés par les parties intéressées, notamment ceux qu’elles estiment pertinents pour la décision concernant la vraisemblance de la poursuite ou de la reprise du dumping et/ou du subventionnement en l’absence de l’ordonnance du TCCE. Ces renseignements peuvent être des rapports d’analystes-experts, des extraits de revues spécialisées et de journaux, des ordonnances et des conclusions rendues par les autorités au Canada ou ailleurs, des documents d’organismes comme l’Organisation mondiale du commerce (OMC), et des réponses au QRE présentées par des producteurs au Canada, des exportateurs, des importateurs et des gouvernements étrangers.

[61] Dans toute enquête de réexamen relatif à l’expiration, l’ASFC fixe une « date de clôture du dossier » après laquelle aucun nouveau renseignement ne peut être versé au dossier administratif; ici, c’était le 18 septembre 2024, à midi, heure de l’Est. Il s’agit en effet de donner le temps aux participants de préparer leurs mémoires et leurs contre-exposés d’après ce qui se trouve au dossier administratif en date de sa clôture.

Position des parties : Dumping

Parties selon qui le dumping risque fort de se poursuivre ou de reprendre

[62] Le producteur canadien participant, Koolatron, a présenté des observations dans sa réponse au QRE et son mémoire à l’appui de son point de vue que la poursuite ou la reprise du dumping de certains conteneurs thermoélectriques de la Chine est vraisemblable si l’ordonnance du TCCE expire. Par conséquent, la société fait valoir que les mesures antidumping devraient être maintenues.

[63] Les principaux facteurs relevés par Koolatron peuvent se résumer comme suit :

Les conditions du marché

  • L’intérêt continu des exportateurs chinois envers le marché canadien
  • La croissance du commerce électronique
  • Le contexte concurrentiel du commerce de détail au Canada
  • L’affaiblissement de l’économie en Chine
  • L’orientation vers l’exportation de la Chine
  • L’effet de l’ordonnance du TCCE sur les producteurs chinois

Les mesures commerciales au Canada et dans d’autres territoires

  • La prise de mesures commerciales au Canada et dans d’autres territoires à l’endroit de marchandises similaires
  • Les effets de détournement des mesures commerciales aux États-Unis

Le rendement actuel et futur des producteurs chinois

  • La surcapacité de production et l’orientation vers l’exportation de la Chine
  • Les volumes vraisemblables d’importations sous-évaluées et subventionnées
  • Les prix vraisemblables des importations sous-évaluées et subventionnées
  • L’effet de l’ordonnance du TCCE sur la part du marché

Les conditions du marché

L’intérêt continu des exportateurs chinois envers le marché canadien

[64] Koolatron soutient que, dans la PVR, les ventes de conteneurs thermoélectriques sur le marché intérieur canadien ont connu un boom post-pandémique avant de se stabiliser. En raison de la baisse de confiance des consommateurs et de la faible croissance qui pèsent sur l’économie canadienne, Koolatron s’attend à ce que la demande demeure relativement stable dans un avenir proche, à mesure que la croissance économique se normaliseraNote de bas de page 14.

[65] Koolatron soutient que les exportateurs chinois ont maintenu une présence importante au Canada, détenant une grande part du marché dans la PVR, malgré les droits LMSI en vigueur, ainsi que les chaînes d’approvisionnement nécessaires pour y exporter des volumes substantiels de conteneurs thermoélectriques. Koolatron est d’avis que ces facteurs témoignent d’un intérêt soutenu des exportateurs chinois envers le marché canadienNote de bas de page 15.

La croissance du commerce électronique

[66] Koolatron soutient qu’une évolution majeure des préférences des consommateurs vers le commerce électronique s’est accélérée durant la pandémie de COVID-19, de sorte que les ventes en ligne de conteneurs thermoélectriques demeurent nettement supérieures aux niveaux d’avant la pandémie. Koolatron soutient que la croissance du commerce électronique a rendu les conteneurs thermoélectriques plus accessibles, en offrant davantage d’options de distribution à tous les producteurs, y compris les producteurs chinois qui utilisent désormais principalement les plateformes de commerce électronique pour vendre directement aux consommateurs canadiens. Koolatron fait valoir que la croissance du commerce électronique augmente la pression concurrentielle sur les détaillants traditionnels existants ainsi que l’offre de marchandises en cause chinoises sur le marché canadienNote de bas de page 16.

Le contexte concurrentiel du commerce de détail au Canada

[67] Koolatron renvoie aux motifs rendus par le TCCE dans ses conclusions de 2008 et ses réexamens relatifs à l’expiration subséquents, selon lesquels un des principaux moteurs de l’afflux d’importations sous-évaluées et subventionnées était la dynamique concurrentielle qui existe entre les grandes surfaces au Canada. Dans NQ-2008-002, le TCCE a jugé que la domination du marché par les grandes surfaces « fait généralement baisser les prix de détail et, par conséquent, influence le prix que les détaillants et les importateurs recherchent pour acheter des conteneurs thermoélectriquesNote de bas de page 17 ».

[68] Koolatron renvoie par ailleurs aux conclusions rendues par l’ASFC et le TCCE dans leur réexamen relatif à l’expiration respectif de 2018, selon lesquelles la popularité croissante du commerce électronique augmente la concurrence ainsi que la pression sur les détaillants canadiens pour qu’ils baissent les prix. Koolatron fait valoir que la croissance du commerce électronique augmente l’importance relative des bas prix et des gros rabais pour les ventes de conteneurs thermoélectriquesNote de bas de page 18.

[69] Koolatron présente des éléments de preuve de Statistique Canada et de la Banque du Canada qui montrent que les prix en ligne tendent à être plus volatils que ceux des détaillants traditionnels, les détaillants en ligne pouvant plus rapidement rectifier les prix. Pour étayer son argument, Koolatron donne l’exemple de la réponse au QRE pour importateurs de Whaleco Canada Inc., qui décrit un éventail de stratégies d’établissement des prix. Koolatron fait valoir que les stratégies utilisées par les détaillants en ligne augmentent la pression sur un marché de détail déjà hyperconcurrentiel, les détaillants traditionnels étant contraints d’adopter les prix en ligne volatils sur leur propre plateforme de commerce électronique et en magasin afin de vendre à des consommateurs qui sont de plus en plus en mesure de comparer les prix en ligneNote de bas de page 19.

[70] Koolatron soutient que cette dynamique de vente au détail axée sur le prix rend le marché intérieur canadien attrayant pour les marchandises sous-évaluées et subventionnées en renforçant le rôle du prix comme facteur principal pour l’obtention de ventes et la conquête d’une part du marché, en plus de le rendre facilement accessible aux producteurs chinois au moyen du commerce électroniqueNote de bas de page 20.

L’affaiblissement de l’économie en Chine

[71] Koolatron soutient que la demande de conteneurs thermoélectriques est souvent liée à certaines industries, comme le vin et l’alcool, le logement, l’automobile et les cosmétiques, étant fréquemment commercialisés comme compléments à ces produitsNote de bas de page 21. Ainsi, en périodes de difficultés économiques, les consommateurs réduiront les achats non essentiels, dont les conteneurs thermoélectriquesNote de bas de page 22.

[72] Selon Koolatron, il y a plusieurs indicateurs d’une réduction de la demande intérieure chinoise. Tout d’abord, Koolatron fait observer que le taux de croissance économique historiquement élevé de la Chine a faibli, l’Organisation pour la coopération et le développement économiques (OCDE) signalant un ralentissement de la croissance du produit intérieur brut (PIB) chinois, de 5,2 % en 2023 à 4,9 % en 2024, et une prévision de 4,5 % seulement pour 2025. Koolatron fait valoir que le ralentissement très médiatisé du secteur immobilier chinois, autrefois considéré comme un investissement sûr et un pilier majeur de l’économie nationale, a non seulement contribué à une baisse de la croissance du PIB, mais a aussi fortement ébranlé la confiance des consommateurs. Koolatron ajoute que la baisse de confiance et des dépenses des consommateurs explique en partie la faible demande de conteneurs thermoélectriques en Chine. Koolatron fait par ailleurs remarquer que la baisse des ventes d’automobiles et de produits de luxe dans la PVR est un autre indicateur de la baisse de la demande en ChineNote de bas de page 23.

L’orientation vers l’exportation de la Chine

[73] Koolatron allègue que la croissance du marché intérieur dans les années 2010 a fait augmenter les investissements dans la capacité de production, ce qui a contribué à la surcapacité actuelle de conteneurs thermoélectriques, qui doivent trouver de nouveaux débouchés à l’étranger en raison de la contraction continue du marché en ChineNote de bas de page 24.

[74] Koolatron renvoie à un article du Financial Times sur l’importance accordée par le gouvernement de la Chine à l’augmentation de la production et des exportations pour contrer les effets négatifs de la faible demande intérieure, comme l’illustrent les données économiques pour le premier trimestre de 2024, qui indiquent une hausse des volumes d’exportations de 14 % sur 12 mois, alors que l’indice des prix pour ces exportations a chuté de 12 %. L’article cite Robin Xing, économiste en chef pour la Chine chez Morgan Stanley, qui affirme que les exportateurs offrent d’énormes rabais sur les prix en raison de la surcapacité chinoise. L’article souligne également que le taux d’utilisation industrielle a chuté, à 74 %, au premier trimestre de 2024, soit le plus faible depuis le troisième trimestre de 2016, hormis la période COVID-19Note de bas de page 25.

[75] Koolatron fait valoir que l’importance accrue accordée par le gouvernement de la Chine aux exportations, l’ampleur de la capacité de production de conteneurs thermoélectriques, qui est nettement supérieure à l’ensemble du marché canadien, le récent ralentissement des dépenses de consommation et de la croissance économique, une industrie des conteneurs thermoélectriques déjà orientée vers l’exportation, et les chaînes d’approvisionnement existantes au Canada, y compris les ventes directes aux consommateurs au moyen du commerce électronique, risquent fort de faire reprendre le dumping des marchandises en cause surproduites et subventionnéesNote de bas de page 26.

L’effet de l’ordonnance du TCCE sur les producteurs chinois

[76] Koolatron soutient qu’en l’absence de droits LMSI, le volume de marchandises en cause importées de la Chine est susceptible de renouer avec les niveaux de 2007, ou de les dépasser, les importations chinoises représentant alors 95 % de toutes les importations, et nuisant à la capacité de la branche de production canadienne de livrer concurrence au paysNote de bas de page 27. Koolatron fait remarquer que l’imposition de droits LMSI a permis de stabiliser le marché canadien, la concurrence s’étant normalisée et la société ayant reconquis une part du marchéNote de bas de page 28. Koolatron fait valoir que des développements récents, comme la croissance du commerce électronique et la faiblesse du marché chinois, accentueront les mêmes tendances déjà présentes avant les conclusions du TCCE à l’égard des conteneurs thermoélectriques en 2008Note de bas de page 29.

Les mesures commerciales au Canada et dans d’autres territoires

La prise de mesures commerciales au Canada et dans d’autres territoires à l’endroit de marchandises similaires

[77] Koolatron soutient que les producteurs chinois ont une propension au dumping de longue date au Canada, et fait observer que plus de la moitié (29 sur 52) des mesures en vigueur de l’ASFC visent des produits de la Chine, dont au moins six produits de consommation tels les conteneurs thermoélectriquesNote de bas de page 30.

Les effets de détournement des mesures commerciales aux États-Unis

[78] Koolatron soutient que les tarifs américains au titre de l’article 301 sur certaines importations chinoises et ceux au titre de l’article 232 sur les produits d’acier et d’aluminium à compter de 2018 touchent au moins un sous-ensemble des marchandises en cause, dont plusieurs codes du Système harmonisé (SH) liés aux conteneurs thermoélectriques et à leurs partiesNote de bas de page 31.

[79] Koolatron évoque en outre la prolifération de mesures antidumping et compensatoires aux États-Unis et dans l’Union européenne qui ciblent des produits chinois, dont de nombreux produits de consommation, avec 235 et 78 mesures en vigueur aux États-Unis et dans l’Union européenne respectivementNote de bas de page 32.

[80] Koolatron est d’avis que le dumping, notamment de marchandises détournées des États-Unis vers le Canada, reprendra si l’ordonnance du TCCE est annuléeNote de bas de page 33.

Le rendement actuel et futur des producteurs chinois

La surcapacité de production et l’orientation vers l’exportation de la Chine

[81] Koolatron soutient que l’ampleur de la capacité de production de conteneurs thermoélectriques et l’orientation vers l’exportation de la Chine risquent fort de faire reprendre le dumping et le subventionnement. Koolatron mentionne la capacité de production déclarée de deux seulement – Guangdong Candor et Guangdong Fuxin – des douzaines de producteurs connus en Chine, lesquels continuent de renforcer leur capacité annuelle qui fait déjà plusieurs fois celle de l’ensemble du marché canadienNote de bas de page 34.

[82] Koolatron soutient que les producteurs chinois, qui connaissent actuellement une faible demande, se tourneront vers des marchés d’exportation comme le Canada pour maintenir le taux d’utilisation de la capacité et recouvrer les coûts indirects élevés de leurs importantes lignes de production. Koolatron fait observer que de nombreux producteurs chinois nomment l’Amérique du Nord comme une destination clé, donnant l’exemple de la page AliBaba de Guangdong Candor, qui indique que 45 % de ses exportations sont destinées à ce continentNote de bas de page 35.

[83] Koolatron fait par ailleurs observer que les importations de marchandises en cause représentent la majeure partie des importations de conteneurs thermoélectriques dans la PVRNote de bas de page 36. Koolatron fait valoir que ces tendances relatives aux importations et l’orientation vers l’exportation des producteurs chinois témoignent d’un intérêt continu envers le marché canadien, et que les marchandises en cause de la Chine auraient occupé une plus grande part du marché dans la PVR en l’absence de droits LMSINote de bas de page 37.

Les volumes vraisemblables d’importations sous-évaluées et subventionnées

[84] Koolatron soutient que les données sur les volumes d’importations avant les conclusions initiales du TCCE en 2008 sont la preuve que de grands volumes de marchandises en cause sous-évaluées et subventionnées sont susceptibles d’être importés sur le marché canadien si l’ordonnance du TCCE expire. Koolatron fait observer que les importations de marchandises en cause représentaient 95 % des importations de conteneurs thermoélectriques avant les conclusions du TCCE, et avaient pratiquement éliminé les produits canadiens et américains du marchéNote de bas de page 38.

[85] Koolatron allègue en outre que l’ouverture de l’enquête initiale en 2008 avait entraîné une forte hausse des importations dans le cadre d’un comportement opportuniste, ce qui rend vraisemblables de nouveaux volumes élevés d’importations de marchandises en cause sous-évaluées et subventionnées si l’ordonnance du TCCE expire, vu les incitations actuelles à un comportement opportuniste similaireNote de bas de page 39. Koolatron fait aussi observer que, depuis l’imposition de droits LMSI, les producteurs chinois ont augmenté leur capacité de production, surtout en comparaison avec la taille du marché canadien des conteneurs thermoélectriquesNote de bas de page 40.

Les prix vraisemblables des importations sous-évaluées et subventionnées

[86] Koolatron soutient que les conteneurs thermoélectriques importés de la Chine seraient vraisemblablement vendus à des prix sous-évalués si l’ordonnance du TCCE expire, comme en témoigne le comportement relatif à l’établissement de prix observé avant l’imposition de droits LMSI en 2008. Koolatron soutient que les facteurs motivant la poursuite ou la reprise du dumping comprennent : le retour vraisemblable des volumes élevés de marchandises chinoises sous-évaluées observés sur le marché canadien avant les conclusions du TCCE; l’élimination de la discipline tarifaire actuellement imposée par les droits LMSI sur les importations chinoises; l’intérêt continu des exportateurs chinois envers le marché canadien, et leur présence continue sur celui-ci; la poursuite du dumping des marchandises en cause, malgré les mesures en vigueur, comme en témoigne le montant substantiel de droits LMSI perçus dans la PVR; l’incapacité ou le refus des producteurs chinois de livrer concurrence sur le marché à des prix non sous-évalués et/ou de présenter des arguments dans le présent réexamen relatif à l’expiration à l’appui du point de vue que la poursuite ou la reprise du dumping n’est pas vraisemblable; et la présence d’un marché de détail déjà hyperconcurrentiel au Canada, dominé par les grandes surfaces et les grandes plateformes de commerce électronique, qui tendent à exercer une pression à la baisse sur les prix de détailNote de bas de page 41.

L’effet de l’ordonnance du TCCE sur la part du marché

[87] Koolatron soutient que, si l’ordonnance du TCCE expire, le marché canadien est susceptible de connaître un afflux d’importations chinoises sous-évaluées, ce qui reproduirait vraisemblablement la situation du marché en 2007, avant les conclusions du TCCE. Koolatron avait alors perdu deux tiers de sa part du marché, et n’avait pratiquement pas réalisé de ventes au deuxième semestre, ce qui s’était accompagné d’une perte de plus de 80 % de ses travailleursNote de bas de page 42. Koolatron souligne égalemet que, malgré les droits LMSI en vigueur, les producteurs chinois ont maintenu une présence importante au Canada dans la PVR, et domineraient vraisemblablement le marché si l’ordonnance du TCCE expireNote de bas de page 43.

Parties selon qui le dumping ne risque pas de se poursuivre ou de reprendre

[88] Aucune des parties ne soutient que la poursuite ou la reprise du dumping des marchandises en cause de la Chine n’est pas vraisemblable si l’ordonnance du TCCE expire.

Considération et analyse : Dumping

[89] Quand elle décide au titre de l’alinéa 76.03(7)a) de la LMSI si, selon toute vraisemblance, l’expiration d’une ordonnance entraînera la poursuite ou la reprise d’un dumping, l’ASFC peut prendre en compte tous les facteurs pertinents dans les circonstances, sans se limiter à ceux du paragraphe 37.2(1) du RMSI.

[90] Guidée par les facteurs susmentionnés, et tenant compte des documents présentés par les divers participants ainsi que du fruit de ses propres recherches, qui sont tous au dossier administratif, l’ASFC a analysé la question du dumping dans l’enquête de réexamen relatif à l’expiration qui nous intéresse. Son travail d’analyse se résume aux points suivants :

  • la poursuite du dumping des marchandises en cause de la Chine pendant que l’ordonnance était en vigueur;
  • les tendances relatives aux importations de marchandises en cause de la Chine;
  • les faibles barrières à l’entrée et la sensibilité au prix sur le marché canadien;
  • la faible demande des consommateurs chinois;
  • l’attrait du marché canadien;
  • le contexte concurrentiel du commerce de détail au Canada;
  • l’orientation vers l’exportation de la production de conteneurs thermoélectriques en Chine;
  • la possibilité pour un producteur chinois de fabriquer les marchandises dans une usine qui sert actuellement à en fabriquer d’autres;
  • et la capacité excédentaire de production de conteneurs thermoélectriques par rapport à la demande intérieure en Chine.

La poursuite du dumping des marchandises en cause de la Chine pendant que l’ordonnance était en vigueur

[91] Comme il est détaillé dans le tableau 3, l’ASFC a perçu au total 3 923 168 $ de droits antidumping et compensateurs sur les importations de marchandises en cause de la Chine dans la PVR. La valeur en douane totale de ces importations était d’environ 19 580 004 $. Donc, les droits LMSI moyens perçus sur les marchandises en cause dans la PVR étaient de 20,04 %Note de bas de page 44. Cette moyenne comprend les droits imposés sur les exportations de l’unique exportateur coopératif, Dometic Asia Co., Ltd. / Dometic (Shenzhen) Electronics Co., Ltd. (« Dometic »), qui a reçu des valeurs normales spécifiques aux modèles, ainsi que celles de tous les autres exportateurs de la ChineNote de bas de page 45.

[92] Il ressort donc des données de l’ASFC sur la perception des droits que des conteneurs thermoélectriques chinois ont été importés à des prix sous-évalués dans la PVR.

[93] En fait, les importations de marchandises en cause de la Chine ont sensiblement augmenté depuis la dernière enquête de réexamen relatif à l’expiration en 2018, malgré la présence continue de droits LMSI. De 2015 à 2017, la moyenne annuelle de ces importations était de 38 743 unités pour une valeur de 2 953 726 $Note de bas de page 46. De 2021 à 2023, elle était de 59 858 unités pour une valeur de 5 527 345 $Note de bas de page 47. Par conséquent, la comparaison de périodes similaires de trois ans (2015-2017 et 2021-2023) révèle que la moyenne annuelle des importations a augmenté de 54,5 % en termes de volume.

[94] En outre, les droits LMSI moyens perçus sur les marchandises en cause sont passés de 8,74 % dans la période visée par le réexamen relatif à l’expiration de 2018Note de bas de page 48 à 20,04 % dans la PVR qui nous intéresseNote de bas de page 49, soit une hausse de 11,3 %, et ce, même si les valeurs normales sont demeurées inchangées depuis le dernier réexamen de l’enquête conclu en juillet 2014Note de bas de page 50. Par conséquent, non seulement le dumping des marchandises en cause de la Chine s’est-il poursuivi dans la PVR qui nous intéresse, mais il a augmenté depuis la précédente enquête de réexamen relatif à l’expiration en 2018.

[95] La poursuite du dumping de conteneurs thermoélectriques de la Chine dans la PVR pendant que l’ordonnance du TCCE était en vigueur pourrait indiquer une incapacité de certains exportateurs chinois de coopérer avec l’ASFC afin d’obtenir des valeurs normales spécifiques aux modèles, ou de fixer le prix des marchandises au-dessus des valeurs normales.

[96] Inversement, le grand volume de conteneurs thermoélectriques de la Chine, la première source de ces importations au CanadaNote de bas de page 51, pourrait indiquer une capacité des producteurs et exportateurs de continuer d’exporter à des prix sous-évalués dans la PVR, malgré les droits LMSI applicables.

[97] Par ailleurs, l’ASFC est d’accord avec l’exposé de Koolatron indiquant que les tendances relatives aux importations observées avant les conclusions initiales du TCCE en 2008, soit la forte hausse des importations chinoises dans le cadre d’un comportement opportuniste pour représenter 95 % de toutes les importations, et la quasi-élimination des produits canadiens et américains du marché, sont la preuve que de grands volumes de marchandises en cause sont susceptibles d’être importés au Canada si l’ordonnance du TCCE expireNote de bas de page 52.

[98] Par conséquent, le fait que des conteneurs thermoélectriques chinois sous-évalués ont continué d’être importés sur le marché canadien pendant que l’ordonnance du TCCE était en vigueur, comme l’illustrent les données de l’ASFC sur les importations et la perception des droits, pourrait augmenter la vraisemblance de la poursuite ou de la reprise du dumping advenant l’expiration de l’ordonnance.

Les tendances relatives aux importations de marchandises en cause de la Chine

[99] Le volume et le prix unitaire moyen des conteneurs thermoélectriques importés sur le marché canadien dans la PVR sont présentés dans le tableau 4 ci-dessous :

Tableau 4 : Volume et prix unitaires moyens des conteneurs thermoélectriques importés sur le marché canadienNote de bas de page 53
(Volume en unités et prix en dollars canadiens)
2021 2022 2023 2024
(1er janvier au 30 juin)
Volume Prix unitaire Volume Prix unitaire Volume Prix unitaire Volume Prix unitaire
Chine 51 570 100,84 87 322 89,24 40 682 88,21 29 365 102,09
Autres pays 46 560 109,60 32 184 117,32 23 266 103,62 8 769 245,07
Importations totales 98 130 105,00 119 506 96,80 63 948 93,82 38 134 134,97

[100] Par ailleurs, les variations en pourcentage du volume et des prix unitaires moyens des conteneurs thermoélectriques importés sur le marché canadien, ainsi que les taux d’inflation et de croissance du PIB au Canada, pour les années complètes de la PVR sont présentés dans le tableau 5 ci-dessous :

Tableau 5 : Variations annuelles du volume et des prix unitaires moyens des conteneurs thermoélectriques importés sur le marché canadienNote de bas de page 54
(En pourcentage)
2021 à 2022 2022 à 2023
Variation du volume Variation du prix unitaire Variation du volume Variation du prix unitaire
Chine 69,3 % -11,5 % -53,4 % -1,2 %
Autres pays -30,9 % 7,0 % -27,7 % -11,7 %
Importations totales 21,8 % -7,8 % -46,5 % -3,1 %
Taux d’inflation au CanadaNote de bas de page 55 6,8 % 3,9 %
Croissance du PIB réel au CanadaNote de bas de page 56 3,8 % 1,2 %
Croissance du PIB réel en ChineNote de bas de page 57 3,0 % 5,2 %

[101] Comme on peut le voir dans le tableau 5 ci-dessus, dans la PVR, les tendances relatives aux prix et aux importations des marchandises en cause de la Chine ont affiché les niveaux de volatilité les plus élevés comparativement aux conteneurs thermoélectriques des autres pays.

[102] Dans la période de 2021 à 2022, le Canada a connu un taux d’inflation d’environ 6,8%, le plus élevé depuis 1991Note de bas de page 58. Comme on peut le voir dans le tableau 5, dans cette période, les exportateurs des pays étrangers autres que la Chine ont augmenté les prix de 7,0 %. En revanche, les exportateurs chinois les ont diminués de 11,5 % en moyenne. En même temps, ils ont augmenté les volumes d’importations de 69,3 %, malgré une croissance de 3,8 % seulement de l’économie canadienne dans la même période. Le comportement relatif à l’établissement de prix et aux importations pour les marchandises en cause chinoises dans la PVR contraste avec celui observé pour les conteneurs thermoélectriques des autres exportateurs étrangers, qui ont affiché des variations annuelles plus stables et davantage alignées sur le taux général de croissance économique et d’inflation au Canada.

[103] Des prix et des volumes d’importations qui s’écartent sensiblement des conditions du marché au Canada, comme le taux général de croissance économique et d’inflation, pourraient indiquer que des facteurs économiques et autres à l’extérieur du Canada, comme le marché intérieur en Chine et d’autres marchés internationaux, ont peut-être influé sur les décisions concernant les prix et les importations des exportateurs chinois.

[104] Dans la période de 2021 à 2022, lorsque les volumes d’importations de marchandises en cause de la Chine ont augmenté de 69,3 % et le prix moyen de ces mêmes marchandises a diminué de 11,5 %Note de bas de page 59, l’économie chinoise a connu un ralentissement important, la croissance du PIB étant passée de 8,4 % en 2021 à 3,0 % en 2022Note de bas de page 60. Dans la période annuelle suivante de 2022 à 2023, lorsque l’économie chinoise s’est améliorée, avec une croissance accrue du PIB de 5,3 %Note de bas de page 61, le volume de conteneurs thermoélectriques chinois importés au Canada a diminué de 53,4 %, avec une légère baisse du prix moyen de 1,2 %Note de bas de page 62.

[105] En fait, après une forte hausse en 2022, le volume d’importations de marchandises en cause de la Chine en 2023 est tombé en dessous des niveaux de 2021Note de bas de page 63. Lorsqu’on tient aussi compte du fait que les plus hauts niveaux de droits LMSI perçus dans la PVR ont été en 2022, avec 2 093 540 $, contre 851 119 $ en 2021 et 741 050 $ en 2023Note de bas de page 64, les données de l’ASFC sur la perception des droits pourraient indiquer que les exportateurs chinois ont inondé le marché canadien de marchandises en cause sous-évaluées en 2022.

[106] Par ailleurs, la forte hausse des importations de marchandises en cause de la Chine en 2022 ne s’explique pas facilement par d’apparentes limites éprouvées par le producteur canadienNote de bas de page 65 ou d’autres exportateurs étrangers pour approvisionner le marché canadien. Les importations de pays autres que la Chine, qui, comme on a pu le voir dans le tableau 4, ont été dans des volumes et à des prix comparables à ceux de la Chine en 2021, ont diminué de 30,9 % en termes de volume en 2022, même si leur prix n’a augmenté que de 7,0 %, suivant de près le taux général d’inflation au Canada de 6,8 %Note de bas de page 66. Les tendances relatives aux prix et aux volumes d’importations observées pour les marchandises en cause de la Chine dans la PVR semblent illustrer un effet d’éviction sur les importations d’autres pays, qui ont continué de baisser l’année suivante en 2023 et n’ont pas renoué avec les niveaux de 2021Note de bas de page 67.

[107] L’ASFC est d’avis qu’il y a des éléments de preuve suffisants d’une corrélation entre la hausse soudaine et importante des volumes de marchandises en cause sous-évaluées au Canada et le moment où l’économie chinoise a ralenti en 2022. De même, il semble exister une corrélation entre la baisse soudaine et importante des volumes de marchandises en cause au Canada et le moment où l’économie chinoise s’est redressée en 2023. Même si l’ASFC ne peut établir de manière définitive un lien de cause à effet entre ces facteurs, faute notamment de coopération d’exportateurs en Chine, l’information au dossier semble indiquer que, dans la PVR, les tendances relatives aux prix et aux importations pour les marchandises en cause chinoises pourraient avoir été influencées par des facteurs à l’extérieur du marché canadien, comme la situation économique dans le pays de l’exportateur.

[108] Dans ce contexte, si les exportateurs chinois des marchandises en cause n’ont pas une perception du marché canadien axée sur la demande, où les conditions locales, notamment le taux d’inflation et de croissance économique, dicteraient les décisions concernant les prix et les volumes d’importations, mais en auraient plutôt une perception axée sur sa capacité d’absorber tout excédent de stocks en Chine, sans égard à la quantité réelle de la demande, la poursuite ou la reprise du dumping au Canada serait encore plus vraisemblable advenant l’expiration de l’ordonnance du TCCE.

Les faibles barrières à l’entrée et la sensibilité au prix sur le marché canadien

[109] En règle générale, un marché ayant de faibles barrières à l’entrée se caractérise par de faibles économies d’échelle, une faible différenciation des produits, de faibles besoins en capitaux, de faibles coûts de substitution pour les acheteurs, un accès facile aux canaux de distribution, de faibles avantages sur le plan des coûts pour les producteurs établis, et une réglementation peu contraignante. De faibles barrières à l’entrée facilitent l’entrée de nouveaux acteurs sur un marché tout en augmentant la concurrence et en réduisant les prixNote de bas de page 68.

[110] Le marché canadien des conteneurs thermoélectriques présente la plupart des caractéristiques d’un marché ayant de faibles barrières à l’entrée, à l’exception des faibles économies d’échelle. Entre autres, les caractéristiques de la faible différenciation des produits, des faibles coûts de substitution pour les acheteurs, de l’accès facile aux canaux de distribution et de la réglementation peu contraignante y sont manifestes.

[111] Par ailleurs, en ce qui concerne le dumping, dans un marché où les besoins en capitaux et les avantages sur le plan des coûts pour les producteurs établis sont élevés, ce qui, normalement, augmenterait les barrières à l’entrée, ces facteurs sont beaucoup moins pertinents puisque le dumping est par définition une mesure par laquelle le prix des marchandises est fixé en dessous de valeurs normales qui tiendraient normalement compte des coûts fixes et variables.

[112] Les conteneurs thermoélectriques font appel à un principe dénommé « effet Peltier » pour le pompage électronique de chaleur. Ils ne renferment pas de compresseurs, de tuyaux, de bobines ou de gaz. La seule pièce mobile est un ventilateur de 12 volts. Les conteneurs thermoélectriques ne sont pas fabriqués selon des spécifications industrielles quant à la qualité, au rendement ou à tout autre aspect. En outre, ils n’ont pas besoin d’emballage ni d’autorisation en particulier. Ils sont facilement distribués par les détaillants et les grossistes nationaux. Ils sont généralement tout assemblés et prêts à être utilisés, emballés dans des boîtes protectrices aux fins d’expédition et pour faciliter la mise en palettesNote de bas de page 69.

[113] D’après un échantillonnage de conteneurs thermoélectriques actuellement offerts par cinq grands détaillants canadiens recensés dans le réexamen relatif à l’expiration de 2018Note de bas de page 70 et par certains fabricantsNote de bas de page 71, l’ASFC note que la différenciation entre les produits importés et canadiens demeure limitée. Cette différenciation limitée se manifeste sur le marché canadien par les tailles de produits, des caractéristiques fonctionnelles mineures, la conception artistique, notamment de différents partenariats de marque, ou l’ajout possible d’une technologie « intelligente », comme la commande à distance par téléphone cellulaireNote de bas de page 72. Toutefois, l’ASFC note que la fonction principale des marchandises – permettre le refroidissement ou le réchauffement – demeure essentiellement la même d’une marque ou d’un modèle à l’autre, la taille du conteneur étant la différence fonctionnelle la plus importante entre les produits.

[114] Les coûts de substitution pour les acheteurs de conteneurs thermoélectriques sont généralement faibles, et vont de zéro pour les nouveaux acheteurs à un maximum de la valeur restante d’une marchandise similaire achetée précédemment. Puisque le prix d’achat d’un conteneur thermoélectrique neuf est déjà très bas par rapport au revenu du consommateur canadien moyenNote de bas de page 73, celui-ci pourrait avoir encore moins de facteurs psychologiques à prendre en compte à l’égard de tout coût de substitution économique théorique.

[115] Les caractéristiques susmentionnées semblent toutes indiquer qu’il y a de faibles barrières à l’entrée sur le marché pour tout producteur de conteneurs thermoélectriques, compte tenu de la faible différenciation des produits, des faibles coûts de substitution pour les acheteurs, de l’accès facile aux canaux de distribution, et de l’absence de normes industrielles nécessitant des changements aux caractéristiques physiques et autres des produits par les producteurs étrangers au moment de vendre au Canada.

[116] Les faibles barrières à l’entrée au pays pour les conteneurs thermoélectriques pourraient augmenter la vraisemblance de la poursuite ou de la reprise du dumping advenant l’expiration de l’ordonnance du TCCE, en facilitant l’entrée sur le marché canadien d’un grand volume de marchandises en cause à des prix possiblement sous-évalués.

[117] De plus, le TCCE a jugé dans ses conclusions initiales de 2008 et dans chacune de ses ordonnances subséquentes que « les conteneurs thermoélectriques sont très sensibles aux prixNote de bas de page 74 ». En particulier, il a jugé dans ses conclusions initiales que, bien que le prix ne soit pas le seul facteur dont tiennent compte les acheteurs, les éléments de preuve indiquaient clairement que « le prix est un facteur important dans la décision d’achat ». Dans son réexamen relatif à l’expiration de 2013, il a affirmé : « De l’avis du Tribunal, puisque les bas prix ne sont pas sans importance pour permettre à Canadian Tire d’attirer de nouveaux clients en vertu de sa stratégie "haut-bas", ces bas prix doivent être d’importance primordiale pour les autres détaillants à grande surface cherchant à attirer de nouveaux clients au moyen de "bas prix quotidiensNote de bas de page 75". »

[118] Bien qu’il soit raisonnable de s’attendre à ce que certains consommateurs canadiens de conteneurs thermoélectriques, et en général de tout produit de consommation, fassent preuve d’une certaine loyauté ou préférence à l’égard d’un fabricant plutôt qu’un autre, l’ASFC est d’avis que les clients sont susceptibles de manifester de telles préférences discrétionnaires seulement lorsque les prix des différents fabricants sont similaires et qu’ils sont susceptibles d’opter pour les prix les plus bas sur le marché si ceux-ci devaient diverger de manière significative, compte tenu de la substituabilité générale des marchandises.

[119] Comme nous l’avons déjà vu, l’analyse de l’ASFC du marché canadien des conteneurs thermoélectriques semble indiquer qu’il y a généralement une faible différenciation des produits d’une marque à l’autre ou d’un fabricant à l’autre, et que les barrières à l’entrée pour les concurrents étrangers sont faibles. Toutes les caractéristiques susmentionnées, auxquelles s’ajoute le fait que les marchandises sont généralement proposées à un prix de départ peu élevé afin d’attirer de nouveaux clients, semblent indiquer que le marché canadien des conteneurs thermoélectriques est sensible au prix. Quoique des produits de consommation, les conteneurs thermoélectriques semblent aussi présenter certaines caractéristiques similaires à celles de produits de base, le prix pouvant jouer un rôle déterminant dans la décision du consommateur d’acheter une taille donnée.

[120] Par conséquent, les faibles barrières à l’entrée et la forte sensibilité au prix peuvent accroître la concurrence sur le marché canadien des conteneurs thermoélectriques, ce qui, à son tour, pourrait augmenter la vraisemblance de la poursuite ou de la reprise du dumping si l’ordonnance du TCCE expire.

La faible demande des consommateurs chinois

[121] Les recherches accessibles au public sur le marché des conteneurs thermoélectriques en Chine ou dans le monde sont limitées en raison de la petite taille du secteur et faute de réponses d’exportateurs étrangers dans la présente enquête de réexamen relatif à l’expiration. Néanmoins, les utilisations des conteneurs thermoélectriquesNote de bas de page 76 semblent indiquer que ceux-ci sont avant tout un produit de consommation discrétionnaire.

[122] Ce classement général est confirmé par diverses sources, y compris la réponse au QRE du producteur canadien, qui affirme qu’une grande partie des conteneurs thermoélectriques sont conçus pour une utilisation récréative lors de voyages et d’activités de plein airNote de bas de page 77, ainsi que par l’exportateur, Dometic, qui classe le marché des boîtes de refroidissement passif et récipients pour boire dans la catégorie des faibles dépenses discrétionnairesNote de bas de page 78. Par conséquent, aux fins de la présente enquête de réexamen relatif à l’expiration, l’ASFC jugera que les tendances relatives à la demande de « produits de consommation discrétionnaire » reflètent raisonnablement celles relatives à la demande de conteneurs thermoélectriques.

[123] Contrairement aux produits de consommation de base, ceux de consommation discrétionnaire sont plus sensibles au cycle économique puisque les clients peuvent réduire, retarder ou éviter les achats de ces produits lorsqu’ils sont soumis à des contraintes financières. Ainsi, les produits de consommation discrétionnaire tendent à enregistrer des ventes sensiblement plus élevées en période de croissance économique, et vice-versaNote de bas de page 79.

[124] Selon les Perspectives de l’économie mondiale du Fonds monétaire international (FMI) publiées en juillet 2024, comparativement au taux de croissance de 5,2 % enregistré en 2023, la croissance du PIB réel de la Chine devrait ralentir, à 5,0 % en 2024 et à 4,5 % en 2025Note de bas de page 80. De même, selon le rapport de juin 2024 de la Banque mondiale, comparativement à un taux de 5,2 % en 2023, la croissance économique chinoise devrait ralentir, à 4,8 % en 2024, 4,1 % en 2025 et 4,0 % en 2026Note de bas de page 81. Donc, l’économie chinoise devrait s’affaiblir dans les prochaines années.

[125] Les indicateurs économiques pour 2024, notamment la chute des nouveaux prêts bancaires à leur plus bas niveau en 15 ans, le ralentissement de la croissance des exportations, le fléchissement de l’activité industrielleNote de bas de page 82, ainsi que les décisions du gouvernement de réduire les principaux taux d’intérêt à court et à long termeNote de bas de page 83, laissent aussi présager une poursuite de la faiblesse économique en Chine dans un avenir proche.

[126] La cause de la faiblesse actuelle et prévue de l’économie chinoise a été attribuée notamment aux problèmes du secteur immobilier et à la faible demande des consommateurs.

[127] La Banque mondiale a affirmé dans son rapport de juin 2024 que la croissance en Chine s’était redressée au début de 2024, soutenue par une accélération des exportations qui a aidé à compenser la faiblesse persistante du secteur immobilier, marquée par la chute des prix et des ventes de propriétés. Après une performance robuste en 2023, due à la libération de la demande refoulée, la consommation a été modérée au début de 2024, alors que les ventes au détail ont progressé à un rythme inférieur à la moyenne d’avant la pandémie, la confiance des consommateurs étant demeurée faibleNote de bas de page 84.

[128] Le gouvernement de la Chine a lui-même signalé qu’il porterait une plus grande attention aux consommateurs qu’aux infrastructures et à l’industrie en centrant ses mesures de relance sur ces premiers, ayant affirmé en juillet 2024 qu’il avait levé 150 milliards de yuans (CNY) au moyen d’émissions spéciales de titres de créance pour subventionner un programme d’échange de produits de consommationNote de bas de page 85. Toutefois, la faible demande des consommateurs chinois persiste, ces derniers n’ayant pas, pour la plupart, réagi aux mesures de relance du gouvernement. Plutôt, d’après les données économiques de juillet 2024, les consommateurs ont surtout utilisé l’épargne de leurs ménages pour rembourser leurs dettes et acheter des actifs de préservation de la richesse comme des obligations, au lieu de dépenser davantage pour leur consommation personnelle. Leur comportement réfractaire au risque semble indiquer que leurs craintes relatives à la baisse des prix de propriétés et à l’insécurité d’emploi demeurent fortes en 2024Note de bas de page 86.

[129] Malgré certaines déclarations publiques du gouvernement concernant la reprise au fur et à mesure de la mise en œuvre des politiques de stimulation de la demande intérieure et de la consommationNote de bas de page 87, l’ASFC est d’avis que les craintes relatives à la faiblesse continue dans un avenir proche, comme en témoigne le comportement réfractaire au risque des consommateurs chinois, sont étayées par les données économiques. En particulier, comme l’a signalé Reuters, le ralentissement du secteur immobilier qui dure depuis trois ans continue d’avoir une incidence sur les dépenses de consommation, environ 70 % de la richesse des ménages étant détenue dans l’immobilier, qui, à son sommet, représentait le quart de l’économie chinoise. En fait, les prix des logements neufs en Chine ont baissé en juillet 2024 à leur rythme le plus rapide en neuf ansNote de bas de page 88.

[130] Les éléments de preuve présentés par Koolatron d’une baisse des ventes d’automobiles et des dépenses en produits de luxe en Chine dans la PVR viennent corroborer les indications d’une réduction de la demande intérieure de produits de consommation discrétionnaire tels les conteneurs thermoélectriquesNote de bas de page 89.

[131] Par ailleurs, le taux de chômage des jeunes en Chine a grimpé à 17,1 % en juillet 2024, contre 13,2 % en juin 2024Note de bas de page 90. Des rapports font également état de licenciements massifs dans des secteurs comme les finances, la technologie et le gouvernement ainsi que d’un sous-emploi et de faibles perspectives pour les nouveaux diplômésNote de bas de page 91. Le taux élevé de chômage des jeunes peut être le signe d’une économie qui peine à croître, et est susceptible de contribuer à la faible demande des consommateurs chinois.

[132] En résumé, l’information analysée par l’ASFC semble indiquer que l’économie chinoise continuera d’être confrontée à une faible demande des consommateurs dans un avenir proche, en raison de facteurs tels que la faiblesse prévue de l’économie générale, le ralentissement durable de l’important secteur immobilier, qui influe directement sur la richesse des consommateurs, la faiblesse du marché du travail, et les craintes relatives à la détérioration de la conjoncture économique à l’avenir.

[133] Puisque les conteneurs thermoélectriques sont avant tout un produit de consommation discrétionnaire, la faible demande des consommateurs en Chine est susceptible de se traduire par une demande intérieure encore plus faible, les consommateurs pouvant réduire, retarder ou même éviter les achats de ces produits non essentiels lorsqu’ils sont soumis à des contraintes financières.

[134] En raison de la faible demande intérieure, les producteurs de conteneurs thermoélectriques en Chine pourraient dépendre fortement des marchés d’exportation, comme le Canada, pour maintenir les ventes et les niveaux de production, ce qui, à son tour, pourrait augmenter la vraisemblance de la poursuite ou de la reprise du dumping si l’ordonnance du TCCE expire.

L’attrait du marché canadien

[135] Selon les Perspectives de l’économie mondiale du FMI publiées en juillet 2014, comparativement au taux de croissance de 1,2 % enregistré en 2023, la croissance du PIB du Canada devrait s’accélérer légèrement pour atteindre 1,3 % en 2024 et 1,4 % en 2025Note de bas de page 92.

[136] En particulier, la consommation intérieure devrait augmenter dans un avenir proche. La Banque Royale du Canada (RBC) prévoit que, comparativement au taux de croissance de 1,7 % enregistré en 2023, la consommation des ménages devrait s’accélérer pour atteindre 2,1 % en 2024 et en 2025Note de bas de page 93. De même, selon les prévisions économiques à long terme de la Banque Toronto-Dominion, la croissance des dépenses de consommation sera relativement stable dans les cinq prochaines années, et un taux de croissance de 1,8 % est prévu pour 2029Note de bas de page 94. Ainsi, les prévisions économiques semblent indiquer que la consommation intérieure augmentera légèrement et demeurera stable dans un avenir prévisible.

[137] Toutefois, l’ASFC souligne que les données recueillies par la RBC montrent qu’après des années de fortes hausses à la suite de la pandémie de COVID-19, les consommateurs ont diminué leurs dépenses discrétionnaires au premier semestre et à l’été de 2024. En particulier, la RBC signale que les Canadiens ont effectué moins de voyages en voiture au premier semestre et à l’été de 2024Note de bas de page 95. Comme nous l’avons déjà vu, les refroidisseurs et réchauffeurs de voyage constituent une source importante de la demande de conteneurs thermoélectriquesNote de bas de page 96.

[138] La RBC s’attend à ce que la consommation intérieure demeure faible au deuxième semestre de 2024, avant que la croissance ne s’accélère en 2025, à mesure que la Banque du Canada assouplira la politique monétaire en réduisant les taux d’intérêtNote de bas de page 97. Ainsi, l’ASFC est d’avis que, compte tenu de la faiblesse actuelle des dépenses de consommation ainsi que des prévisions économiques qui tablent sur une accélération dans les prochaines années, la demande de conteneurs thermoélectriques au Canada ne stagnera pas, et pourrait croître plus rapidement dans un avenir proche.

[139] La croissance attendue et, donc, la force relative de la demande des consommateurs dans un avenir proche sont susceptibles de rendre le marché canadien de plus en plus attrayant pour les exportateurs chinois de conteneurs thermoélectriques, et pourraient augmenter la vraisemblance de la poursuite ou de la reprise du dumping si l’ordonnance du TCCE expire.

[140] Les données de l’ASFC sur les importations et la perception des droits sont aussi la preuve de la perception du Canada comme un marché attrayant pour les conteneurs thermoélectriques. Le tableau 1 et le tableau 3 montrent que les importations, y compris celles de marchandises en cause sous-évaluées de la Chine, se sont poursuivies tout au long de la PVR, ce qui témoigne d’un intérêt soutenu envers le marché par les exportateurs chinois et autres.

[141] Les relations suivies des producteurs et exportateurs chinois avec des importateurs canadiens, comme en témoignent les importations continues de marchandises en cause dans la PVR, pourraient rendre le marché encore plus attrayant en facilitant les importations au moyen des réseaux logistiques existants.

[142] Même s’ils n’ont pas participé à la présente enquête de réexamen relatif à l’expiration, des exportateurs étrangers ont fait des déclarations publiques qui apportent des éléments de preuve supplémentaires d’un intérêt soutenu et solide envers le Canada en tant que marché d’exportation pour les conteneurs thermoélectriques.

[143] Par exemple, Dometic Group AB, une multinationale suédoise et société mère de l’exportateur chinois, « Dometic Asia Co., Ltd. / Dometic (Shenzhen) Electronics Co., Ltd. », a affirmé en 2021 lors de son acquisition d’Igloo, qui vend des conteneurs thermoélectriquesNote de bas de page 98 et est le premier fabricant américain de boîtes de refroidissement passif et de récipients pour boire, que l’Amérique du Nord est le plus grand marché pour les refroidisseurs et les produits d’extérieurNote de bas de page 99. De plus, l’acquisition par Dometic d’Igloo, dont 92 % des ventes nettes sont aux États-Unis, pour la somme de 677 millions de dollars américains témoigne d’un fort intérêt continu envers le marché nord-américain des refroidisseurs, dont les conteneurs thermoélectriquesNote de bas de page 100.

[144] De plus, les éléments de preuve présentés par Koolatron montrent que de nombreux producteurs chinois nomment l’Amérique du Nord comme une destination clé. Par exemple, selon la page AliBaba de l’exportateur chinois, Guangdong Candor, 45 % de ses exportations sont destinées à ce continentNote de bas de page 101.

[145] Enfin, Koolatron soutient que les tarifs au titre de l’article 301 sur certaines importations chinoises ainsi que ceux au titre de l’article 232 sur les produits d’acier et d’aluminium imposés par les États-Unis à compter de 2018 touchent au moins un sous-ensemble des marchandises en cause, dont plusieurs codes du SH liés aux conteneurs thermoélectriques et à leurs partiesNote de bas de page 102. L’ASFC convient que la prise de mesures commerciales par les États-Unis pourrait détourner des conteneurs thermoélectriques chinois du marché américain vers le marché canadien.

[146] La force relative de la demande des consommateurs canadiens prévue dans un avenir proche ainsi que l’intérêt soutenu des exportateurs étrangers envers le marché canadien sont susceptibles de rendre celui-ci de plus en plus attrayant pour les exportateurs chinois de conteneurs thermoélectriques et, donc, pourraient augmenter la vraisemblance de la poursuite ou de la reprise du dumping si l’ordonnance du TCCE expire.

Le contexte concurrentiel du commerce de détail au Canada

[147] Dans les motifs rendus dans ses conclusions de 2008 et ses réexamens relatifs à l’expiration subséquents, dont RR-2018-004, le TCCE a jugé que :

Les marchands de masse, notamment [Canadian Tire Canada], demeurent les intervenants principaux; ils influent considérablement sur les prix pratiqués dans le marché et la concurrence entre eux est féroce. Cette dynamique de concurrence fait en sorte que les marchands cherchent à acheter les conteneurs thermoélectriques aux prix les plus bas possibleNote de bas de page 103.

[148] Dans NQ-2008-002, le TCCE a jugé que la domination du marché par les marchands de masse « fait généralement baisser les prix de détail et, par conséquent, influence le prix que les détaillants et les importateurs recherchent pour acheter des conteneurs thermoélectriquesNote de bas de page 104 ».

[149] Dans son exposé, Koolatron renvoie aux conclusions rendues par l’ASFC et le TCCE dans leur réexamen relatif à l’expiration respectif de 2018, selon lesquelles la popularité croissante du commerce électronique augmente la concurrence ainsi que la pression sur les détaillants canadiens pour qu’ils baissent les prix. Koolatron fait valoir que la croissance du commerce électronique augmente l’importance relative des bas prix et des gros rabais pour les ventes de conteneurs thermoélectriquesNote de bas de page 105.

[150] Koolatron présente des éléments de preuve de Statistique Canada et de la Banque du Canada qui montrent que les prix en ligne tendent à être plus volatils que ceux des détaillants traditionnels, les détaillants en ligne pouvant plus rapidement rectifier les prix. Pour étayer son argument, Koolatron donne l’exemple de la réponse au QRE pour importateurs de Whaleco Canada Inc., qui décrit un éventail de stratégies d’établissement des prix. Koolatron fait valoir que les stratégies utilisées par les détaillants en ligne augmentent la pression sur un marché de détail déjà hyperconcurrentiel, les détaillants traditionnels étant contraints d’adopter les prix en ligne volatils sur leur propre plateforme de commerce électronique et en magasin afin de vendre à des consommateurs qui sont de plus en plus en mesure de comparer les prix en ligneNote de bas de page 106.

[151] L’ASFC souligne que la présence continue du grand détaillant en ligne, Amazon, et l’entrée récente en février 2023 de Whaleco Canada Inc., faisant affaire sous le nom de « Temu », avec son engagement à offrir des produits abordables, dont les marchandises en causeNote de bas de page 107, témoignent d’un intérêt continu à livrer concurrence sur le marché canadien.

[152] Koolatron affirme qu’une évolution majeure des préférences des consommateurs vers le commerce électronique s’est accélérée durant la pandémie de COVID-19, de sorte que les ventes en ligne de conteneurs thermoélectriques demeurent nettement supérieures aux niveaux d’avant la pandémieNote de bas de page 108. Elle ajoute que les ventes en ligne sont devenues l’un des canaux de distribution les plus importants pour la société dans la PVRNote de bas de page 109.

[153] Koolatron soutient que la croissance du commerce électronique a rendu les conteneurs thermoélectriques plus accessibles, en offrant davantage d’options de distribution à tous les producteurs, y compris les producteurs chinois qui utilisent désormais principalement les plateformes de commerce électronique pour vendre directement aux consommateurs canadiens. Koolatron fait valoir que la croissance du commerce électronique augmente la pression concurrentielle sur les détaillants traditionnels existants ainsi que l’offre de marchandises en cause chinoises sur le marché canadienNote de bas de page 110.

[154] L’ASFC est d’accord avec l’affirmation de Koolatron selon laquelle cette dynamique de vente au détail axée sur le prix rend le marché intérieur canadien attrayant pour les marchandises sous-évaluées et subventionnées en renforçant le rôle du prix comme facteur principal pour l’obtention de ventes et la conquête d’une part du marché, en plus de le rendre facilement accessible aux producteurs chinois au moyen du commerce électroniqueNote de bas de page 111.

[155] Le contexte concurrentiel du commerce de détail au Canada pour les conteneurs thermoélectriques, jumelé à l’augmentation prévue du commerce électronique qui pourrait abaisser les barrières à l’entrée pour les produits étrangers, semble indiquer que la forte concurrence axée sur le prix entre les détaillants pourrait amener les exportateurs étrangers à fixer le prix de leurs marchandises en dessous des valeurs normales et à les offrir en grandes quantités afin de conquérir une part du marché. Ainsi, le contexte concurrentiel du commerce de détail au Canada pourrait augmenter la vraisemblance de la poursuite ou de la reprise du dumping si l’ordonnance du TCCE expire.

L’orientation vers l’exportation de la production de conteneurs thermoélectriques en Chine

[156] Les éléments de preuve au dossier semblent indiquer que les producteurs chinois de conteneurs thermoélectriques, étant orientés vers l’exportation, doivent générer des revenus et financer leur production par des ventes à l’exportation qui complètent des ventes intérieures limitées et/ou s’inscrivent dans un modèle d’affaires axé sur l’exportation.

[157] À titre d’exemple, Zhongshan Yousheng Electric Appliances Co., Ltd., un fabricant de refroidisseurs de vin en Chine, a affirmé qu’en 2019, le nombre de commandes à l’exportation était le double de celui de ventes intérieuresNote de bas de page 112.

[158] Dans son exposé, Koolatron fait aussi observer que de nombreux producteurs chinois nomment l’Amérique du Nord comme une destination clé, donnant l’exemple de la page AliBaba de Guangdong Candor, qui indique que 45 % de ses exportations sont destinées à ce continentNote de bas de page 113.

[159] Koolatron renvoie par ailleurs à un article du Financial Times sur l’importance accordée par le gouvernement de la Chine à l’augmentation de la production et des exportations pour contrer les effets négatifs de la faible demande intérieure, comme l’illustrent les données économiques pour le premier trimestre de 2024, qui indiquent une hausse des volumes d’exportations de 14 % sur 12 mois, alors que l’indice des prix pour ces exportations a chuté de 12 %. L’article cite Robin Xing, économiste en chef pour la Chine chez Morgan Stanley, qui affirme que les exportateurs chinois offrent d’énormes rabais sur les prix en raison de la surcapacité chinoiseNote de bas de page 114.

[160] L’orientation vers l’exportation de la production de conteneurs thermoélectriques en Chine semble indiquer que certains producteurs pourraient fortement dépendre des ventes à l’exportation, ce qui, à son tour, pourrait augmenter la vraisemblance de la poursuite ou de la reprise du dumping si l’ordonnance du TCCE expire.

La possibilité pour un producteur chinois de fabriquer des marchandises dans une usine qui sert actuellement à en fabriquer d’autres

[161] Des éléments de preuve du réexamen relatif à l’expiration précédent de l’ASFC en 2018 indiquaient qu’un producteur chinois avait la possibilité de fabriquer les marchandises en cause dans une usine servant à fabriquer d’autres marchandisesNote de bas de page 115.

[162] En août 2018, un fabricant en Chine a communiqué avec l’ASFC afin d’obtenir des valeurs normales spécifiques pour certains conteneurs thermoélectriques qu’il comptait produire dans une usine ne servant pas actuellement à cette fin. L’usine en question n’avait pas servi à produire des marchandises en cause destinées au marché canadien depuis les conclusions du TCCE en 2008. Si les modèles en question avaient été produits et vendus au Canada, ils auraient été assujettis à des droits antidumping de 37 % du prix à l’exportationNote de bas de page 116.

[163] Finalement, en date de la clôture du dossier du présent réexamen relatif à l’expiration, aucune autre valeur normale n’a été attribuée à un exportateur depuis 2014Note de bas de page 117. Néanmoins, l’information présentée à l’ASFC en 2018 montre qu’il est possible de fabriquer des conteneurs thermoélectriques dans des usines existantes qui ne servent pas actuellement à cette fin.

[164] Les conteneurs thermoélectriques comportent un bâti isolé et une pompe thermique et des circuits électroniques, et n’ont pas recours à des compresseurs, à des bobines ou à des gaz. Ils ne sont pas non plus fabriqués selon des spécifications industrielles quant à la qualité, au rendement ou à tout autre aspectNote de bas de page 118. Inversement, le processus de fabrication d’un réfrigérateur traditionnel de base à congélateur supérieur nécessitant un compresseur est relativement plus complexe, et tout produit de ce type destiné à l’Amérique du Nord doit également faire l’objet de tests de conformité à diverses normesNote de bas de page 119.

[165] Par conséquent, il serait sans doute plus facile de convertir une ligne de production d’autres types de refroidisseurs plus complexes tels les réfrigérateurs ménagers traditionnels pour la production de conteneurs thermoélectriques que l’inverse. De même, puisque ceux-ci comportent un bâti isolé et une pompe thermique et des circuits électroniques, il serait sans doute plus facile pour un fabricant de bâtis isolés pour le refroidissement ou le réchauffement de se lancer dans la production de conteneurs thermoélectriques en ajoutant une pompe thermique et des circuits électroniques que de se lancer dans celle de refroidisseurs plus complexes. Par exemple, la filiale de Dometic, Mobicool, un producteur de refroidisseurs non en cause utilisant une technologie de compresseur, est aussi capable de fabriquer des conteneurs thermoélectriques et des glacières isolées non en causeNote de bas de page 120.

[166] Ainsi, la possibilité pour un fabricant de produire des conteneurs thermoélectriques dans des usines en Chine qui servent actuellement à d’autres produits augmente la quantité théorique de la capacité disponible, ce qui, à son tour, pourrait augmenter la vraisemblance de la poursuite ou de la reprise du dumping si l’ordonnance du TCCE expire.

La capacité excédentaire de production de conteneurs thermoélectriques par rapport à la demande intérieure en Chine

[167] Faute de réponses d’exportateurs chinois, l’ASFC doit se tourner vers les meilleurs renseignements disponibles pour évaluer la capacité totale et l’utilisation de la capacité de production de conteneurs thermoélectriques en Chine.

[168] À partir de l’information au dossier, l’ASFC a dressé le tableau 7 ci-dessous qui regroupe quelques producteurs connus de conteneurs thermoélectriques en Chine pour lesquels elle a pu trouver des renseignements publics :

Tableau 7 : Capacité annuelle de certains producteurs de conteneurs thermoélectriques en Chine
Producteur Produits Nombre d’employés Capacité annuelle
Shaoxing Shangyu North Electron Manufacture Co., Ltd.Note de bas de page 121 Mini-réfrigérateurs et refroidisseurs de boissons 430 Cinq millions de petits réfrigérateurs
Guangdong Fuxin technology Co., Ltd.Note de bas de page 122 Modules et produits thermoélectriques Inconnu 1,65 million d’unités de produits thermoélectriques
Ningbo Iceberg Electronic Appliance Co., Ltd.Note de bas de page 123 Mini-réfrigérateurs et glacières de camping 280 Deux millions d’unités
Guangdong Candor Intelligent Technology Co. Ltd.Note de bas de page 124 Refroidisseurs de vin 700 1,5 million d’unités de refroidisseurs de haute qualité
Ningbo Jiayuan Electronic Co., Ltd. (Evercool)Note de bas de page 125 Refroidisseurs et réchauffeurs thermoélectriques 200 60 000 unités/mois [ou 720 000 unités/année]
56+ producteurs connus ou potentielsNote de bas de page 126 Inconnu Inconnu Inconnu
Total   1 610 + 10 870 000 unités

[169] Le tableau 7 n’inclut que les données de producteurs pour lesquels des éléments de preuve positifs de la production de conteneurs thermoélectriques ont pu être relevés au dossier.

[170] C’est pourquoi l’ASFC voit le tableau 7 comme une sous-estimation substantielle probable de la capacité réelle de production de conteneurs thermoélectriques en Chine. Par exemple, le tableau 7 exclut l’information des parties suivantes :

  • Tous les producteurs connus de conteneurs thermoélectriques pour lesquels des données sur la capacité de production n’ont pu être trouvées. À l’ouverture de la présente enquête de réexamen relatif à l’expiration, l’ASFC a recensé au total 61 exportateurs ou producteurs passés ou connusNote de bas de page 127. Par conséquent, le tableau 7 ne fournit des renseignements que pour cinq des 61 producteurs potentiels, soit un échantillon de 8 % seulement de l’ensemble de l’industrie chinoise des conteneurs thermoélectriques.
  • Tous les producteurs potentiels de conteneurs thermoélectriques, que l’ASFC n’a pu identifier au moyen des sources publiques, ou, comme nous l’avons déjà vu, tous les producteurs chinois qui fabriquent actuellement d’autres marchandises, mais qui pourraient commencer à fabriquer les marchandises en causeNote de bas de page 128.

[171] Par conséquent, l’ASFC est d’avis que la capacité totale réelle de production de conteneurs thermoélectriques en Chine pourrait être beaucoup plus grande que 10 870 000 unités par année lorsqu’on y ajoute la capacité de la majorité des producteurs chinois omis du tableau 7. En outre, même si la totalité des 10 870 000 unités annuelles ne constitue pas des conteneurs thermoélectriques, l’ASFC est d’avis qu’il est peu probable que ce total estimatif soit trop élevé puisqu’il ne représente qu’un échantillon estimatif de 8 % de l’industrie chinoise.

[172] Ainsi, même un échantillon probablement non représentatif de seulement cinq producteurs chinois montre que la capacité de production en Chine est immense en comparaison avec le marché canadien.

[173] En comparaison avec le volume de tous les conteneurs thermoélectriques importés (voir le tableau 1), qui s’élevait en moyenne à 93 861 unités par année de 2021 à 2023 (y compris les importations chinoises), le tableau 7 montre que les producteurs en Chine ont une capacité qui fait au moins 115,8 fois le volume moyen de toutes les importations sur le marché canadien.

[174] La disparité notable entre la capacité des producteurs chinois et la taille du marché canadien est mise en évidence par le fait que même le plus petit producteur chinois selon le tableau 7, Ningbo Jiayuan Electronic Co., Ltd. (Evercool), compte 200 employés, une usine de 25 000 mètres carrés et une capacité annuelle de 720 000 unitésNote de bas de page 129, soit plusieurs fois la taille de l’ensemble du marché canadien. En comparaison, le producteur canadien, Koolatron, compte actuellement 60 employés et une usine de 5 574 mètres carrés (60 000 pieds carrésNote de bas de page 130).

[175] Conséquemment, faute de réponses d’exportateurs, et compte tenu des recherches très limitées de tiers sur l’industrie, l’ASFC a estimé le montant total de la demande intérieure en Chine. Cette estimation lui a permis d’évaluer le montant de toute capacité excédentaire devant être exportée vers des marchés étrangers comme le Canada, ce qui, à son tour, pourrait augmenter la vraisemblance de la poursuite ou de la reprise du dumping.

[176] Le tableau 8 ci-dessous présente une estimation de la taille potentielle de la demande intérieure de conteneurs thermoélectriques en Chine :

Tableau 8 : Estimation de la demande intérieure de conteneurs thermoélectriques en Chine
Estimation Méthode d’estimation Demande intérieure annuelle en Chine
Estimation numéro 1 En supposant que la capacité de production indiquée dans le tableau 7 est représentative de l’ensemble de l’industrie chinoise et que la production destinée à l’exportation et à la consommation intérieure est répartie à parts égales (50/50). 5 435 000 unités/année

[177] Une deuxième estimation a aussi été utilisée par l’ASFC pour examen et analyse dans le présent réexamen relatif à l’expiration. Cette deuxième estimation a donné un montant très similaire à l’estimation numéro 1 du tableau 8. Toutefois, la méthode de la deuxième estimation repose sur des renseignements confidentiels qui ne sont pas accessibles au public. Ainsi, pour des raisons de confidentialité, une seule estimation est exposée dans le présent Énoncé des motifs.

[178] L’ASFC souligne que ses deux estimations, en raison de leur méthode de calcul respective, peuvent surestimer le montant réel de la demande intérieure en Chine.

[179] Par exemple, l’estimation numéro 1 du tableau 8 multiplie deux montants inconnus; en effet, tant la capacité de production totale en Chine que le pourcentage de la production destinée aux clients nationaux sont des estimations et leurs montants réels restent incertains. Les deux montants utilisés pourraient être grandement différents dans la réalité. À titre d’exemple, Zhongshan Yousheng Electric Appliances Co., Ltd., un fabricant de refroidisseurs de vin en Chine, a affirmé qu’en 2019, le nombre de commandes à l’exportation était le double de celui de ventes intérieuresNote de bas de page 131, ce qui impliquerait une affectation de 33 % de la production aux ventes intérieures plutôt que le ratio de 50 % utilisé pour l’estimation numéro 1, et donc une diminution significative du montant estimatif de la demande intérieure en Chine.

[180] À partir de l’information du tableau 7 et du tableau 8, l’ASFC estime à environ 5 435 000 unités par année la surcapacité de conteneurs thermoélectriques en Chine qui est en excès de la demande intérieure. L’estimation de l’ASFC implique une capacité d’exportation excédentaire annuelle des producteurs chinois (par rapport à la demande sur leur marché intérieur) qui est 57,9 fois plus grande que le volume annuel de toutes les importations au CanadaNote de bas de page 132.

[181] De même, la capacité d’exportation excédentaire des producteurs chinois (par rapport à la demande sur leur marché intérieur), telle qu’estimée par l’ASFC, est nettement supérieure à l’ensemble du marché canadien apparent des conteneurs thermoélectriques, y compris la production canadienne et toutes les importationsNote de bas de page 133.

[182] L’estimation de l’ASFC de la capacité excédentaire par rapport à la demande intérieure en Chine s’appuie sur sa propre analyse des meilleurs renseignements disponibles, et a été obtenue par le calcul suivant : 10 870 000 unités représentant la capacité annuelle de certains producteurs de conteneurs thermoélectriques en ChineNote de bas de page 134, moins 5 435 000 unités représentant la demande intérieure annuelle en ChineNote de bas de page 135.

[183] L’ASFC souligne que la capacité de production excédentaire par rapport à la demande sur le marché intérieur en Chine serait une conséquence concevable de l’orientation vers l’exportation de nombreux producteurs, comme nous l’avons vu en plus de détail dans une section précédente du présent Énoncé des motifsNote de bas de page 136.

[184] En résumé, vu la capacité de production excédentaire immense par rapport à la demande intérieure en Chine, laquelle est nettement supérieure à l’ensemble du marché canadien, celui-ci pourrait être confronté à un risque accru de dumping, les producteurs et exportateurs chinois pouvant être incités à exporter vers un marché relativement plus attrayant comme le Canada pour augmenter les ventes et réduire la capacité d’exportation excédentaire. Ainsi, la capacité excédentaire de production de conteneurs thermoélectriques par rapport à la taille comparativement petite du marché intérieur en Chine pourrait augmenter la vraisemblance de la poursuite ou de la reprise du dumping advenant l’expiration de l’ordonnance du TCCE.

Décision concernant la vraisemblance de la poursuite ou de la reprise du dumping

[185] D’après l’information au dossier concernant : la poursuite du dumping des marchandises en cause de la Chine pendant que l’ordonnance était en vigueur; les tendances relatives aux importations de marchandises en cause de la Chine; les faibles barrières à l’entrée et la sensibilité au prix sur le marché canadien; la faible demande des consommateurs chinois; l’attrait du marché canadien; le contexte concurrentiel du commerce de détail au Canada; l’orientation vers l’exportation de la production de conteneurs thermoélectriques en Chine; la possibilité pour un producteur chinois de fabriquer les marchandises dans une usine qui sert actuellement à en fabriquer d’autres; et la capacité excédentaire de production de conteneurs thermoélectriques par rapport à la demande intérieure en Chine, l’ASFC a décidé que l’expiration de l’ordonnance du TCCE causerait vraisemblablement la poursuite ou la reprise du dumping au Canada de certains conteneurs thermoélectriques originaires ou exportés de la Chine.

Position des parties : Subventionnement

Parties selon qui le subventionnement risque fort de se poursuivre ou de reprendre

Koolatron

[186] Le producteur canadien, Koolatron, a présenté des observations dans sa réponse au QRE et son mémoire à l’appui de son point de vue que la poursuite ou la reprise du subventionnement de certains conteneurs thermoélectriques de la Chine est vraisemblable si l’ordonnance du TCCE expire. Par conséquent, le producteur canadien fait valoir que les mesures compensatoires devraient être maintenues.

[187] Les principaux facteurs relevés par Koolatron peuvent se résumer comme suit :

  • l’offre continue de programmes de subvention aux producteurs et exportateurs de conteneurs thermoélectriques chinois;
  • la prise de mesures compensatoires par le Canada et d’autres territoires à l’endroit de produits de consommation chinois;
  • et l’intérêt soutenu des producteurs et exportateurs chinois envers le marché canadien, comme en témoignent les volumes de marchandises subventionnées exportés au Canada dans la PVR.
L’offre continue de programmes de subvention aux producteurs et exportateurs de conteneurs thermoélectriques chinois

[188] Koolatron renvoie à la décision définitive de subventionnement dans l’enquête initiale de 2008, dans laquelle l’ASFC a constaté 38 programmes de subvention donnant lieu ou pouvant donner lieu à une action. Koolatron fait observer que l’ASFC avait alors jugé que la totalité des marchandises en cause était subventionnée, avec un montant de subvention moyen pondéré de 9,9 %Note de bas de page 137.

[189] De plus, le producteur canadien souligne que l’ASFC a continué d’enquêter sur les programmes de subvention dans ses réexamens subséquents de l’enquête, dont le dernier, qui a eu lieu en 2014, et qui a permis d’établir que l’exportateur coopératif avait reçu des avantages de huit programmes de subvention donnant lieu à une action. Koolatron soutient que, d’après les meilleurs renseignements disponibles, et en l’absence d’éléments de preuve ou d’exposés d’autres parties indiquant le contraire, les programmes demeurent à la disposition des producteurs et exportateurs chinoisNote de bas de page 138.

[190] Koolatron soutient par ailleurs que d’autres programmes de subvention non déclarés existent en Chine, en particulier aux niveaux provinciaux ou locaux, lesquels n’ont pas encore fait l’objet de mesures compensatoires par l’ASFC. Koolatron évoque la dernière notification (incomplète, selon elle) de subventions de la Chine devant l’OMC en juillet 2023, ainsi qu’un rapport de 2022 du Centre for Strategic and International Studies, qui a conclu que, même selon des estimations prudentes, les dépenses de la politique industrielle de la Chine sont énormes, voire supérieures à celles en défense, et constituent une valeur aberrante à l’échelle mondiale, ces dépenses par rapport au PIB étant le double de celles du concurrent suivant le plus procheNote de bas de page 139.

[191] Koolatron soutient que les producteurs ont accès à un large éventail de subventions de tous les paliers du gouvernement de la Chine, notamment des subventions accordées à l’industrie des conteneurs thermoélectriques, à des producteurs en amont d’intrants tels des plastiques, et à des sociétés d’exportation. Koolatron ajoute que l’offre continue de divers programmes ainsi que le manque de transparence du gouvernement à l’égard de tout autre programme augmentent la vraisemblance de la poursuite ou de la reprise du subventionnementNote de bas de page 140.

La prise de mesures compensatoires par le Canada et d’autres territoires à l’endroit de produits de consommation chinois

[192] Koolatron soutient que, depuis son enquête initiale en 2008, l’ASFC a découvert un nombre croissant de subventions donnant lieu à une action accordées par chaque palier du gouvernement de la Chine. Koolatron ajoute que le gouvernement de la Chine est donc susceptible de continuer de subventionner les producteurs, dont ceux de produits de consommation et de conteneurs thermoélectriques, à l’avenirNote de bas de page 141.

[193] Koolatron renvoie également aux mesures compensatoires prises par d’autres territoires, y compris les États-Unis et l’Union européenne, à l’endroit de marchandises exportées de la Chine, dont de nombreux produits de consommationNote de bas de page 142.

L’intérêt soutenu des producteurs et exportateurs chinois envers le marché canadien, comme en témoignent les volumes de marchandises subventionnées exportés au Canada dans la PVR

[194] Koolatron évoque le grand volume de conteneurs thermoélectriques importé de la Chine dans la PVR, ainsi que la perception de droits compensateurs sur ces importations, comme témoignant d’un intérêt soutenu des producteurs et exportateurs chinois envers le marché canadienNote de bas de page 143.

[195] Koolatron évoque aussi la capacité excédentaire chinoise pouvant être exportée au Canada en l’absence de mesures compensatoires, la dynamique concurrentielle axée sur le prix au Canada, ainsi que le subventionnement généralisé prévu continu de la fabrication de produits de consommation chinois, comme indiquant que les producteurs et exportateurs chinois recommenceraient à exporter les marchandises en cause subventionnées au Canada advenant l’expiration de l’ordonnance du TCCENote de bas de page 144.

Parties selon qui le subventionnement ne risque pas de se poursuivre ou de reprendre

[196] Aucune des parties ne soutient que la poursuite ou la reprise du subventionnement des marchandises en cause de la Chine n’est pas vraisemblable si l’ordonnance expire.

Considération et analyse : Subventionnement

[197] Quand elle décide au titre de l’alinéa 76.03(7)a) de la LMSI si, selon toute vraisemblance, l’expiration d’une ordonnance entraînera la poursuite ou la reprise d’un subventionnement, l’ASFC peut prendre en compte tous les facteurs pertinents dans les circonstances, sans se limiter à ceux du paragraphe 37.2(1) du RMSI.

[198] Guidée par les facteurs susmentionnés, et tenant compte des documents présentés par les divers participants ainsi que du fruit de ses propres recherches, qui sont tous au dossier administratif, l’ASFC a analysé la question du subventionnement dans l’enquête de réexamen relatif à l’expiration qui nous intéresse. Son travail d’analyse se résume aux points suivants :

  • l’offre continue de programmes de subvention aux producteurs et exportateurs de conteneurs thermoélectriques en Chine;
  • et le volume de marchandises subventionnées importé au Canada dans la PVR.

L’offre continue de programmes de subvention aux producteurs et exportateurs de conteneurs thermoélectriques en Chine

[199] Dans son enquête en subventionnement initiale de 2008, l’ASFC a constaté trois programmes de subvention donnant lieu à une action utilisés par Dometic, l’unique exportateur coopératif, ainsi que 35 autres programmes pouvant donner lieu à une action non utilisés par ce dernierNote de bas de page 145.

[200] Ci-dessous, une liste des programmes de subvention jugés donner lieu à une action qui ont été utilisés par Dometic au moment de la décision définitiveNote de bas de page 146 :

  • Programme 1 : Politiques fiscales préférentielles pour les entreprises à participation étrangère établies dans les zones économiques spéciales (à l’exclusion du nouveau secteur Pudong de Shanghai);
  • Programme 2 : Politiques fiscales préférentielles pour les entreprises à participation étrangère et les entreprises étrangères qui sont engagées dans la production ou dans des opérations commerciales achetant des équipements produits localement;
  • Programme 3 : Bonification d’intérêts pour le Fonds de développement du commerce extérieur de Shenzhen.

[201] Il a été jugé que la totalité des marchandises exportées de la Chine était subventionnée. Le montant de subvention moyen pondéré, en pourcentage du prix à l’exportation, était égal à 9,9 %. Le montant de subvention avéré pour l’unique exportateur coopératif était de 2,17 CNY l’unité. Le montant de subvention pour tous les autres exportateurs a été fixé à 53,27 CNY l’unité par prescription ministérielle prévue au paragraphe 30.4(2) de la LMSINote de bas de page 147.

[202] Depuis les conclusions initiales du TCCE, l’ASFC a conclu trois réexamens de l’enquête (en 2010, 2012 et 2014) pour mettre à jour les montants de subvention à l’égard des conteneurs thermoélectriquesNote de bas de page 148. Dans chacun des réexamens, Dometic était l’unique exportateur participant, et a reçu des montants de subvention à jour. Le gouvernement de la Chine n’a participé à aucun d’entre euxNote de bas de page 149.

[203] Les résultats du dernier réexamen de l’enquête en 2014 indiquant que des programmes de subvention demeurent à la disposition des producteurs et exportateurs de conteneurs thermoélectriques en Chine constituent les meilleurs renseignements disponibles.

[204] Ci-dessous, une liste des programmes jugés donner lieu à une action utilisés par l’unique exportateur coopératif dans le réexamen de l’enquête de 2014Note de bas de page 150 :

  • Programme 167 : Aide au développement pour les entreprises de haute technologie et de nouvelles technologies inscrites dans le district de Futian de Shenzhen (fonds en sciences et technologie de Futian)
  • Programme 168 : Encourager des mesures pour l’exportation de produits de haute technologie
  • Programme 169 : Aides à la formation du personnel – gouvernement de Shenzhen
  • Programme 171 : Initiative de réduction des déchets de Shenzhen Pengcheng
  • Programme 176 : Politiques fiscales préférentielles pour la recherche et le développement des entreprises à participation étrangère
  • Programme 181 : Réduction de l’impôt sur le revenu des nouvelles entreprises de haute technologie
  • Remboursement des frais de traitement de l’impôt sur le revenu
  • Prime du Parti communiste chinois pour la contribution aux entreprises

[205] À la conclusion du réexamen de l’enquête de 2014, le montant de subvention avéré pour l’unique exportateur coopératif était de 0,96 CNY l’unitéNote de bas de page 151.

[206] Comme nous l’avons déjà vu, le gouvernement de la Chine n’a pas fait de réponse au QRE dans la présente enquête de réexamen relatif à l’expiration. Par conséquent, l’ASFC doit utiliser les meilleurs renseignements disponibles, tels que les résultats du dernier réexamen de l’enquête en 2014.

[207] De plus, les récentes enquêtes en subventionnement de l’ASFC sur d’autres produits de consommation chinois semblent indiquer que des programmes de subvention donnant lieu à une action, qu’ils soient identiques ou s’apparent de près à ceux jugés donner lieu à une action dans son réexamen de l’enquête de 2014 concernant les marchandises en cause, demeurent à la disposition des producteurs et exportateurs.

[208] À titre d’exemple, le tableau 9 ci-dessous présente une comparaison de programmes de subvention donnant lieu à une action utilisés par l’unique exportateur coopératif dans le réexamen de l’enquête de 2014 avec des programmes de subvention identiques ou similaires jugés donner lieu à une action et utilisés par les exportateurs coopératifs d’autres marchandises de la Chine dans des enquêtes récentes de l’ASFC.

Tableau 9 : Comparaison de programmes de subvention sélectionnés jugés donner lieu à une action dans le réexamen de l’enquête de 2014 concernant les conteneurs thermoélectriques de la Chine et dans d’autres enquêtes et réexamens récents de l’ASFC
Programme jugé donner lieu à une action en 2014Note de bas de page 152 Programme récemment jugé donner lieu à une actionNote de bas de page 153 ProcédureNote de bas de page 154
Program 167: Development Assistance for High and New Technology Enterprises Registered within Futian District of Shenzhen (Futian S&T Fund) Subsidies related to company/enterprise development and innovation FAS 2023 RI, CPF 2023 RI, MAT 2022 IN
Programme 167 : Aide au développement pour les entreprises de haute technologie et de nouvelles technologies inscrites dans le district de Futian de Shenzhen (fonds en sciences et technologie de Futian) Subventions au développement et à l’innovation dans les entreprises FAS 2023 RI, CPF 2023 RI, MAT 2022 IN
Programme 168 : Encourager des mesures pour l’exportation de produits de haute technologie Exportations – Primes au développement et au rendement FAS 2023 RI, CPF 2023 RI, MAT 2022 IN
Programme 169 : Aides à la formation du personnel – gouvernement de Shenzhen Subventions à l’emploi, à la formation et au recrutement FAS 2023 RI, CPF 2023 RI, MAT 2022 IN
Programme 171 : Initiative de réduction des déchets de Shenzhen Pengcheng Aide pour la protection de l’environnement FAS 2023 RI, CPF 2023 RI, MAT 2022 IN
Programme 176 : Politiques fiscales préférentielles pour la recherche et le développement des entreprises à participation étrangère Politiques fiscales préférentielles pour la recherche et l’investissement FAS 2023 RI, CPF 2023 RI
Politiques fiscales préférentielles pour les entreprises à participation étrangère MAT 2022 IN
Programme 181 : Réduction de l’impôt sur le revenu des nouvelles entreprises de haute technologie Réduction de l’impôt sur le revenu des entreprises de haute technologie et de nouvelles technologies FAS 2023 RI, MAT 2022 IN
Remboursement des frais de traitement de l’impôt sur le revenu Subventions aux services d’appoint aux entreprises FAS 2023 RI, CPF 2023 RI, MAT 2022 IN
Prime du Parti communiste chinois pour la contribution aux entreprises Subventions au développement et à l’innovation dans les entreprises FAS 2023 RI, CPF 2023 RI, MAT 2022 IN

[209] Ainsi, l’information au dossier indiquerait que le gouvernement de la Chine a continué d’accorder des programmes de subvention, y compris certains qui semblent identiques ou similaires à ceux jugés donner lieu à une action et être à la disposition des producteurs et exportateurs de conteneurs thermoélectriques dans le dernier réexamen de l’enquête de l’ASFC en 2014.

[210] De plus, la prise de mesures compensatoires à l’endroit de produits de consommation chinois dans d’autres territoires, notamment les États-Unis et l’Union européenne, semble indiquer une offre continue de programmes de subvention aux producteurs et exportateurs de ces produits, ce qui pourrait comprendre les conteneurs thermoélectriquesNote de bas de page 155.

[211] Par ailleurs, comme nous l’avons déjà vu dans la section Considération et analyse : Dumping, l’économie chinoise pourrait continuer d’être confrontée à une faible demande des consommateurs dans un avenir proche, en raison de facteurs tels que la faiblesse prévue de l’économie généraleNote de bas de page 156, le ralentissement durable de l’important secteur immobilier, qui influe directement sur la richesse des consommateursNote de bas de page 157, la faiblesse du marché du travailNote de bas de page 158, et les craintes relatives à la détérioration de la conjoncture économique à l’avenirNote de bas de page 159. Par ailleurs, le taux de chômage des jeunes en Chine a grimpé à 17,1 % en juillet 2024, contre 13,2 % en juin 2024Note de bas de page 160. Des rapports font également état de licenciements massifs en Chine dans des secteurs comme les finances, la technologie et le gouvernement ainsi que d’un sous-emploi et de faibles perspectives pour les nouveaux diplômésNote de bas de page 161.

[212] Désireux de s’attaquer aux éventuels problèmes sociaux et économiques dans un avenir proche, le gouvernement pourrait être davantage enclin à soutenir l’activité économique et l’emploi en offrant des programmes de subvention nouveaux ou existants aux producteurs en Chine. Il pourrait être particulièrement enclin à soutenir les producteurs d’industries vulnérables à la faiblesse de la conjoncture économique, par exemple les produits de consommation discrétionnaire, tels les conteneurs thermoélectriques, qui autrement pourraient devoir réduire la production et, donc, les achats d’intrants auprès d’autres producteurs ainsi que les niveaux d’emploi. Les éléments de preuve présentés par Koolatron étayent cette thèse, mentionnée dans un article du Financial Times à propos de l’importance accordée par le gouvernement à l’augmentation de la production et des exportations pour contrer les effets négatifs du ralentissement de la demande intérieure en ChineNote de bas de page 162.

[213] Par conséquent, l’offre continue de programmes de subvention aux producteurs et exportateurs de conteneurs thermoélectriques en Chine pourrait augmenter la vraisemblance de la poursuite ou de la reprise du subventionnement.

Le volume de marchandises subventionnées importé au Canada dans la PVR

[214] La perception continue de droits compensateurs par l’ASFC, comme on a pu le voir dans le tableau 1 et le tableau 3, indique que de grands volumes de conteneurs thermoélectriques subventionnés ont été importés tout au long de la PVR pendant que l’ordonnance du TCCE était en vigueur.

[215] Le grand volume de conteneurs thermoélectriques importé de la Chine – la première source de ces importations au CanadaNote de bas de page 163 – dans la PVR pourrait indiquer une capacité, une volonté et un intérêt soutenu des producteurs et exportateurs chinois pour la poursuite des exportations vers le marché canadien à des prix sous-évalués et subventionnés, malgré les droits LMSI applicables.

[216] La poursuite des importations de marchandises en cause subventionnées dans la PVR, et le volume de ces importations, ce qui pourrait aussi indiquer une offre continue de programmes de subvention aux producteurs et exportateurs, pourraient augmenter la vraisemblance de la poursuite ou de la reprise du subventionnement.

Décision concernant la vraisemblance de la poursuite ou de la reprise du subventionnement

[217] D’après l’information au dossier concernant l’offre continue de programmes de subvention aux producteurs et exportateurs de conteneurs thermoélectriques en Chine et le volume de marchandises subventionnées importé au Canada dans la PVR, l’ASFC a décidé que l’expiration de l’ordonnance causerait vraisemblablement la poursuite ou la reprise du subventionnement de certains conteneurs thermoélectriques de la Chine.

Conclusion

[218] Aux fins de la décision dans l’enquête de réexamen relatif à l’expiration qui nous intéresse, l’ASFC a procédé à une analyse en s’en tenant aux facteurs énoncés au paragraphe 37.2(1) du RMSI et aux autres facteurs pertinents dans les circonstances. Ayant considéré les facteurs pertinents et les renseignements au dossier administratif, elle a décidé le 24 décembre 2024, conformément à l’alinéa 76.03(7)a) de la LMSI, que l’expiration de l’ordonnance rendue par le TCCE le 5 septembre 2019 dans le réexamen relatif à l’expiration RR-2018-004 à l’égard de certains conteneurs thermoélectriques originaires ou exportés de la Chine causerait vraisemblablement :

  • la poursuite ou la reprise du dumping des marchandises de la Chine;
  • et la poursuite ou la reprise du subventionnement des marchandises de la Chine.

Mesures à venir

[219] Le TCCE a commencé son enquête pour établir si, selon toute vraisemblance, la poursuite ou la reprise du dumping et du subventionnement causerait un dommage. D’après le calendrier du réexamen relatif à l’expiration, le TCCE doit rendre sa propre décision d’ici le 2 juin 2025.

[220] Si le TCCE décide que l’expiration de son ordonnance causerait vraisemblablement un dommage à la branche de production nationale, il la prorogera, avec ou sans modification. Alors, l’ASFC continuera de percevoir des droits antidumping sur les importations sous-évaluées, et des droits compensateurs sur les importations subventionnées, de marchandises en cause.

[221] Si, au contraire, le TCCE décide que l’expiration de son ordonnance ne causerait vraisemblablement pas de dommage à la branche de production nationale, il l’annulera, et plus aucuns droits antidumping ou compensateurs ne seront perçus sur les importations de marchandises en cause, et ceux perçus sur des marchandises dédouanées après que l’ordonnance devait expirer seront rendus à l’importateur.

Communiquer avec nous

[222] Voici à qui s’adresser pour en savoir plus :

Communiquer avec nous

  • Téléphone :
  • Alex Wu : 343-573-2930

Courriel : simaregistry-depotlmsi@cbsa-asfc.gc.ca

Le directeur exécutif p.int.
Direction des programmes commerciaux et antidumping
L’originale a été signée par
Sean P. Borg

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